Vendredi 13 janvier 2012
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Le livre électronique francophone pénalisé
DESALLE,PHILIPPE
Page 19
Samedi 31 décembre 2011
Médias Un succès très mitigé en Belgique
On ne connaît pas encore les chiffres officiels, mais tout indique que nous avons été nombreux, le week-end dernier, à trouver sous le sapin un appareil électronique portable, plat et fin, doté
d’un écran – parfois – tactile.
Si cette description correspond à celle de l’iPad et des tablettes en général, elle s’applique aussi à la liseuse électronique.
Un marché qui semble – enfin – décoller : les ventes mondiales seraient passées de 3 millions d’exemplaires en 2009 à 12,8 millions l’année dernière. Pour 2011, le consultant spécialisé IDC table
sur 27 millions. L’évolution de ces chiffres dissimule mal leur disparité géographique. En France, on prévoyait pour 2011 des ventes de 100.000 exemplaires. C’était 30.000 en 2010.
30.000 en Belgique
cette année ?
L’année dernière, précisément, la Belgique aurait convaincu une grosse dizaine de milliers d’acheteurs. Si l’on répercute la même évolution que chez nos voisins d’outre-Quiévrain, les Belges
pourraient avoir acheté entre 30.000 et 35.000 liseuses en 2011. Un succès mitigé qui trouve son explication dans le trop faible nombre de titres de livres numériques disponibles en français :
entre 30.000 et 50.000 contre près d’un million en langue anglaise.
Autre obstacle : le prix des e-books. Chez le cyberlibraire Amazon, le best-seller de l’année – la biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson – se vend 23,75 euros pour l’édition papier, l’un
des partenaires d’Amazon proposant cette même édition papier à 19,90 euros. Par comparaison, l’édition électronique est vendue 18,99 euros. Certes, cette dernière offre l’avantage de pouvoir être
téléchargée à n’importe quel moment sans sortir de chez soi et n’occupe pas de place physique dans la bibliothèque familiale, mais pour un petit euro de plus, on dispose d’un « vrai livre », avec
ses sensations tactiles et olfactives, qui peut être passé à un autre membre de la famille une fois la lecture terminée.
Trop cher, le livre électronique ? Aux États-Unis, la différence entre format papier et électronique atteint souvent les 50 %. Sur le marché francophone (où certains soupçonnent une entente
illicite entre éditeurs pour maintenir les prix des ebooks à un prix élevé), la réduction des frais – impression, papier, transport, distribution… – dont bénéficie l’e-book ne profite clairement
pas à un lecteur déjà perturbé par une guerre des formats. La photo a son.jpeeg ou son.tiiff, la musique ses.mp3 et autres.flac ? Le livre électronique, lui, a ses fichiers.epub,.pdf,.mobi… Cette
diversité de formats répond à la volonté des leaders du secteur de protéger leur business en « cloisonnant » le lecteur dans un écosystème.
Principal acteur du marché, Amazon affirme avoir vendu plus d’un million d’exemplaires de ses Kindle chaque semaine de ce mois de décembre. Tout naturellement, ces quelque quatre millions de
nouveaux utilisateurs deviendront des clients du magasin en ligne du cyberlibraire et exploiteront donc – souvent sans le savoir – le format.mobi… impossible à lire sur le Reader PRS-T1 de Sony,
par exemple. Certes, les initiés vous expliqueront qu’en utilisant un logiciel comme Calibre, il est possible de convertir à peu près n’importe quel format de livre électronique vers un autre,
mais le grand public, lui, préférera souvent rester à l’écart de ces transformations éloignées de l’esprit du livre.
Beaucoup
de prétendants
Selon le bureau d’études Idate, le marché mondial du livre électronique connaîtra une croissance annuelle de 30 % jusqu’en 2015 et pèsera alors 5,4 milliards d’euros, soit 12 % du marché mondial
du livre. La taille de ce gâteau justifie le nombre de prétendants : Amazon, Archos, Asus, Barnes & Noble, Bookeen, Fnac, iRiver, Sony… Ce club, déjà large, pourrait s’agrandir au cours des
prochaines semaines.
Il se murmure que Google entendrait profiter du salon CES qui se tiendra en janvier, pour annoncer un format de liseuse inspiré par la philosophie d’Android pour les smartphones et les tablettes.
Il permettrait de populariser l’écosystème Google ebooks, toujours officiellement indisponible chez nous. Mais tandis que ces géants placent leurs pions sur l’échiquier, le cauchemar des éditeurs
prend forme : sur les plateformes d’échange, les livres électroniques ont rejoint la musique et les films. Les pirates aiment aussi la lecture.
http://archives.lesoir.be/le-livre-electronique-francophone-penalise_t-20120102-01QXLN.html
PS : En tant qu'éditrice en France et fondatrice et directrice de la plateforme de distribution de chapitres de livres numériques www.artelittera.com, je pense que cet article mérite d'éêtre lu et commenté.
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