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Amazon : des conditions de travail éprouvantes pour du personnel intérimaire

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

Nous relayons cet article publié par le quotidien La Croix

Jean-Baptiste Malet, reporter à « Golias », s’est infiltré dans un centre de distribution d’Amazon et raconte dans son dernier livre les conditions de travail éprouvantes endurées par les intérimaires

4/6/13 - Mis à jour le 4/6/13 - 17 H 14
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Centre de distribution d’Amazon à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

PHILIPPE MERLE / AFP

Centre de distribution d’Amazon à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

 

AVEC CET ARTICLE

 

 Comment avez-vous eu l’idée d’écrire ce livre et pourquoi avoir choisi la méthode de l’infiltration ? 

Jean-Baptiste Malet : Comme tout le monde, je me suis aperçu que les librairies étaient victimes d’une hécatombe. Je considère que le livre est un objet sacré, et pas une simple marchandise. Lors d’un reportage au centre de distribution d’Amazon à Montélimar (Drôme), les salariés refusaient de s’exprimer à l’extérieur de l’entreprise sur leurs conditions de travail car le règlement intérieur le leur interdit. Ce qui est contraire au droit du travail. Dans le livret de l’intérimaire, il est précisé qu’ils ne sont pas autorisés à en parler à leur propre famille.

Face à ce type de management, la seule solution que je voyais était de m’infiltrer dans les rangs des intérimaires recrutés en grand nombre lors des fêtes de fin d’année par le centre de Montélimar, comme l’avait déjà fait une journaliste britannique du  Sunday Times  en 2008.

 Quelles sont les conditions de travail chez Amazon ? 

J. -B. M. : J’ai été embauché au poste de « picker » dont la fonction est d’aller chercher la marchandise réceptionnée par les « eachers » et rangée par les « stowers » dans les rayonnages des immenses hangars (36 000 m2), puis de l’amener à un « packer » chargé de les emballer. Il doit rester debout. Il n’est pas autorisé à s’asseoir. Je travaillais de 21 h 30 à 4 h 50, dimanche compris, et parcourais entre 20 et 25 kilomètres par nuit pour un salaire légèrement supérieur au smic (9,725 € brut de l’heure, contre 9,43 pour le smic).

L’appareil électronique (« scanette ») qui permet d’identifier la marchandise est géolocalisable. Les contremaîtres peuvent ainsi surveiller à quel endroit un « picker » se trouve dans l’entrepôt. Plusieurs fois par nuit, il vient vous informer de votre taux de productivité, enregistré en temps réel. Si un salarié ne respecte pas la cadence, les sanctions peuvent aller jusqu’au licenciement. La pression est telle que nombre d’entre eux souffrent de maux de dos, de dépression…

Les pauses sont rognées par le temps de marche vers les pointeuses situées au bout de l’usine. À la sortie, les salariés doivent parfois passer à travers des portiques pour vérifier qu’ils n’ont rien volé. S’il y a un doute, les vigiles peuvent utiliser des détecteurs de métaux et effectuer des fouilles au corps…

Amazon traite ses intérimaires comme des poulets en batterie, tout en leur disant de s’amuser au travail. Leur « credo » résume bien ce nouvelle forme de paternalisme : « Work hard, have fun, make history » (« Travaille dur, amuse-toi, écris l’histoire »).

 Pourquoi les salariés et syndicats ne s’indignent-ils pas de ces conditions de travail ? 

J. -B. M. : Les intérimaires sont renouvelés de semaine en semaine, ils ont donc peur de perdre leur emploi. D’autant que les centres de distribution sont installés dans des régions durement frappées par le chômage. Amazon offre des bons d’achat sur le site de commerce en ligne de 30 ou 40 € pour les plus méritants, et leur fait miroiter un CDI. Mais sur les dix personnes avec lesquelles j’ai gardé le contact, aucun n’a obtenu un emploi stable. Lors des fêtes de fin d’année, nous étions 1 200 intérimaires pour 350 CDI environ. Amazon utilise le nombre d’intérimaires pour l’englober dans les chiffres d’emplois créés. Pour ceux-ci, ils ont d’ailleurs touché des aides de la région et du département.

Quand les syndicats ont su que j’étais journaliste, ils n’ont plus voulu me parler. Mais ils essayent de faire avancer les choses. Dans le centre de Saran (Loiret), un travailleur a été fouillé de façon arbitraire. Les organisations syndicales ont réagi. À Montélimar, il a fallu une grève de la CGT pour que l’entreprise allume le chauffage dans les locaux l’hiver.

 Pourquoi vendre votre livre sur Amazon ? 

J. -B. M. : Pourquoi ne pas le vendre sur ce site. Après tout, il vend aussi des codes du travail…

  
En Amazonie. Infiltré dans le meilleur des mondes, Éd. Fayard. 155 p., 15 €.

 

Recueilli par STÉPHANE DREYFUS

Publié dans édition

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