L'écriture au service de "l'abomination" ? un projet faussement littéraire

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

images-copie-18.jpgJe me suis également faite piéger.

Hors du contexte, j'ai lu les bonnes feuilles publiées, avant la sortie du Nouvel Observateur chez les marchands de journaux, sur des sites Internet, ignorant qui était "la bête", qui était "la belle". Comme d'autres lecteurs : j'ai pu, pendant quelques instants, considérer l'écriture bien maitrisée, de ces lignes offertes en pâture au lecteur zappeur, qui dans un instant de relâchement, se laisse séduire par le pouvoir des mots. Qui est l'auteur ? Je n'ai même pas pris le temps d'en savoir plus, car nous vivons trop vite dans ce monde zapping qui oblige nos yeux à passer d'un site à l'autre... Mais, en écoutant une conversation dans un dîner, j'ai appris les identités de la belle et de la bête. J'ai eu l'impression de revivre un comeback du moment où l'affaire du Sofitel à New York a sidéré la planète entière.

Le temps a passé. La bête continue à oeuvrer pour faire parler d'elle. Des belles se succèdent, dont la plus récente, pour tirer profit (financier, en particulier) d'une relation intime. reproduction de cette scène ordinaire où le sexe vaut de l'argent et où l'argent achète du sexe. Et le livre rend compte alors de ce projet minable qui consiste à coucher avec un homme que l'on méprise, avec la ferme intention de trahir tôt ou tard l'intime pour le rendre largement public. La délicate mission du livrechargé d'illustrer la trahison ! A la réflexion, le livre se révèle exécrable quand espace public et espace privé se mêlent pour signifier une sorte de déclaration de guerre du féminin au masculin.

La relation entre la belle et la bête, préméditée avec ses lots de mensonges et d'hypocrisies, traduit une violence inouïe et troublante faite à l'amour libre, érotisme vécu entre les murs des chambres sans perversité, sans regard extérieur, sans tapage. ici, dans ce livre, l'écriture mise en place de par la volonté de la narratrice, projet d'autobiographie, pour exprimer une volonté d'humilier l'autre, me sidère davantage que l'acte silencieux d'un homme aboli par son orgueil dans une chambre d'hôtel.

L'humiliation du masculin rejoint celle faite aux femmes, à travers le viol et autres agressions sexuelles collectives ou pas. L'humiliation de l'autre est insoutenable quel que soit l'acte commis par l'autre. Pire qu'une condamnation à mort. L'humiliation est une violence sans arme, qui frappe le coeur de l'humanisme, avec les mots. Et ce monde aveugle qui prend pour nom "les médias", au sujet duquel on ne sait plus si cela désigne un magazine, un journal, un journaliste, etc. qui applaudit aux qualités de l'écriture est encore une façon plus sidérante encore de vouloir associer la littérature à l'abomination faite homme.

Q'une femme intellectuelle, et journaliste, sache écrire, n'a rien de surprenant. L'abomination de l'écriture c'est la préméditation inavouée mais manifeste, comme ce forcément coupable de jadis prononcé dans un autre contexte par Marguerite Duras. C'est l'écriture de l'humiliation qui trahit ici une relation inadmissible à l'autre, qui n'est pas sans rappeler d'autres abominations faites à l'Autre. 

Ai-je envie de vivre seule avec un petit chien ? Sûrement pas !

La pensée collective doit-elle nous forcer à penser notre relation à l'autre en terme d'hostitilité et d'agressivité ? Qu'est-ce que ce monde d'adultes brisés par leurs amours impossibles qui dicte la négation de l'Autre, au nom du seul pouvoir de soi triomphant ? L'écriture, littéraire ou pas, n'est pas terre d'accueil aux pensées abjectes où masculin (et féminin) serait associé à l'ordure.

Qui encense ce livre ? un lecteur abominable qui n'est ni homme, ni femme.

Peut-on encenser une écriture, ni érotique, nullement sensuelle, pas même subversive, pour exhiber à la gourmandise de lecteurs frustrés, le destin déplorable d'un homme seul ?

 

 

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