La haine de l'autre de Richard Millet confiée à Alain Finkelkraut - émission Répliques du 11 juin 2011

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

giono.jpgDans son livre L'Opprobe publié chez Gallimard, Richard Millet écrit ceci : « Dans ce wagon de métro qui m'emmène vers la banlieue nord de Paris, et où je suis le seul Blanc et, sans doute, le seul Français, je songe à cette expression sociologique en vigueur il y a une trentaine d'années, le seuil de tolérance à l'immigration (i.e. une immigration « visible »), et qu'on estimait à 10% : idée bientôt battue en brèche par le libéralisme moralisateur qui a fourbi la gnose de l'idéal multiculturaliste, c'est-à-dire la destruction de la culture, renvoyant les uns et les autres à l'apartheid mental ou au ghetto - à deux formes de survie violente. » pp. 63-64

 

Richard Millet, écrivain, éditeur chez Gallimard, clame sa souffrance : la France, avec sa langue, ses clochers d'église, ses petits chemins, ses écoliers sagement assis dans une salle de classe à plusieurs niveaux, n'existe plus. Et là, dans cette France nouvelle, Richard Millet ne trouve plus sa place.

Les propos de Richard Millet aux accents d'extrême-droite, sont scandaleux. Mais il n'est malheureusement pas le seul à penser ainsi. Richard Millet vit dans un monde, minuscule avec quelques images dans la tête, anciennes comme des cartes postales. Richard Millet n'admet pas que notre monde contemporain s'enrichit de croisements entre les peuples et les cultures.
Ce qui est grave, c'est qu'il y a de plus en plus de penseurs qui se sont enfermés dans un monde sans jeunesse. Ces penseurs là d'ailleurs ne dialoguent pas avec les jeunes gens. Ces penseurs là sont coupés du monde des vivants.

Richard Millet dit que récemment il est allé visiter la petite ville de Manosque pour retrouver l'âme de l'écrivain Jean Giono. Son voyage l'a rendu malade. Il n'a pas retrouvé les traces de l'écrivain... en revanche il a remarqué que dans le centre ville il y a aujourd'hui un magasin sur deux qui est une boucherie Hallal ! Jean Giono, homme du sud, pétri de soleil, de parfums de vignes et de lavandes, aimait ces peuples de la Méditerranée, arabes, hommes du sud, provençaux, matelots de Marseille et d'ailleurs. Jean Giono n'aurait pas apprécié que Richard Millet, sous couvert de vouloir rencontrer l'ombre d'un homme de lettres, fasse l'amalgame et verse à nouveau sur le bûcher quelques bidons d'essence pour condamner ce qui EST aujourd'hui, une France vivante intégrée à une Europe multiplingue. Géniale, cette nouvelle civilisation qui nous permet dans un tel espace politique de bâtir une nouvelle communauté économique et culturelle. Richard Millet ne trouve pas sa place, alors il chagrine !

Ce que célèbre Giono dans son oeuvre, ce sont les ciels, les paysages escarpés, les sentiers à mulets, les bergers, les troupeaux. Jean Giono a chanté la nature, le retour à une vie communautaire, sans argent, sans discrimination, sans exclusion.... Jean Giono ne pensait pas du tout comme Richard Millet.D'ailleurs Giono n'aimait pas les hommes de lettres parisiens. Il se rendait rarement à Paris et les responsables de la maison Gallimard étaient tenus de "descendre" eux mêmes à Manosque pour rendre visite à l'écrivain. Giono se méfiait des hommes qui prônaient la guerre, lui le pacifiste. Il avait l'âme d'un déserteur. Il faut lire Jean Giono et on verra que rien n'a changé, rien n'a bougé, sauf cette urbanisation nouvelle qui entoure la petite ville de Manosque devenue une presque banlieue de la ville d'Aix-en-Provence. Ca ne mérite pas un discours de haine !

Il faut que Millet, Finkelkraut et quelques autres admettent que cette France du XXIe siècle, fidèle à ses traditions, évolue vers une plus grande acceptation de l'autre, l'étranger. Et après avoir été une terre d'asile, ce qu'elle n'est plus guère, elle est sans doute devenue une terre où peuvent cohabiter en bonne intelligence des hommes et des femmes venus d'ailleurs, peu importe la couleur de peau !

Publié dans édition

Commenter cet article