Le Labo de l'édition à Paris : une solution à contre-courant de l'innovation

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

images-copie-4.jpgLe Labo de l'édition, a été lancé depuis janvier 2011 par la Mairie de Paris, sous forme de communiqués d'abord, puis physiquement dans un ancien local ayant hébergé naguère des services de la Sécurité sociale au 2 rue Saint Médard, 75005 Paris, non loin du Métro Monge. Pour le moment, le lieu est fraichement repeint mais il est vide, fermé au public, n'offre aucune identité visuelle et n'exprime aucune signification particulière.

Le projet, quel est-il ?

A la fois incubateur de projets innovants et plateforme d’information et de rencontres sur les mutations du secteur, le labo de l’édition va accompagner les acteurs traditionnels dans leur adaptation aux enjeux du numérique et aider les jeunes pousses de ce secteur à croître et à trouver leur pérennité professionnelle. Piloté par Lyne Cohen-Solal, adjointe au Maire de Paris chargée du Commerce, de l’Artisanat et des Métiers d’art et Jean-Louis Missika, adjoint au Maire de Paris chargé de l’Innovation, de la Recherche et des Universités, Le labo aura également pour vocation de s’ouvrir au grand public, et de contribuer ainsi à la diffusion de l’information sur les nouveaux supports et nouveaux usages.

 

Derrière cette présentation officielle qui fixe des objectifs particulièrement vagues, se cache une autre réalité. Depuis mai 2011, cet organisme (très flou, très mystérieux, c'est quoi au juste ? pas clair du tout) a lancé un appel pour que se présentent de nouvelles entreprises du secteur de l'édition numérique qui souhaiteraient bénéficier du statut "d'entreprises incubées". Il semble que 40 dossiers aient été reçus. Partant de ces candidatures, chacune des entreprises est convoquée pour un entretien de présentation.

L'entreprise Artelittera que je dirige a fait ce parcours et a été convoquée à un entretien à la fin du mois d'août 2011. Dans ce local vide, sans âme, nous étions 2, l'un en face de l'autre. L'entretien a duré 1 heure 30. Mon interlocuteur, très aimable, mais pas forcément à l'aise dans ce milieu de l'édition et du numérique (il appartient à un organisme de formation qui a remporté l'appel d'offre lancé par la Mairie) qu'il ne semble pas connaître. Et au fil de l'entretien, voilà que se dévoile le contenu mystérieux du projet le Labo de l'édition : chaque entreprise retenue pour faire partie du Pôle incubateur (situé au premier étage du local) devra s'acquitter pendant 18 mois (durée globale de la relation entre l'entreprise et le labo de l'édition) de la somme de 1000 euros mensuels + 150 euros par poste informatique. En contrepartie, l'entreprise bénéficiera de "services mutualisés et d'un accompagnement personnel sous forme de 8 demi journées de formation sur 12 mois". Il est précisé que des subventions possibles peuvent être accordées, par l'intermédiaire de la structure Oséo...

 

Une fois passé l'état de sidération dans lequel on se trouve lorsqu'on prend connaissance d'un projet aussi vide de sens, on peut prendre sa calculette et faire des multiplications et parvenir au stade de la conclusion.

Le Labo de l'édition ou comment la Mairie de Paris, sous couvert de soutenir fortement la communuaté des libraires, éditeurs, start up numériques, etc. réalise un projet de gestion immobilière pour rentabiliser un local sans fonction particulière.

L'entreprise numérique, quelqu'elle soit, dispose de caractéristiques très particulières : elle agit dans le monde de l'immatériel, elle est en prise directe avec le monde de l'internet, source première d'informations, de relations, de communications, enfin, si cette entreprise numérique s'inscrit dans le secteur des savoirs numérisés, elle s'inscrit dans une dimension internationale.

Le Labo de l'édition propose une solution qui a 50 ans de retard sur notre mode de fonctionnement et de pensée contemporaine.

Encore une fois, ce projet illustre l'incompétence des pouvoirs politiques. Il témoigne d'une profonde méconnaissance des enjeux de l'édition numérique.

J'ai personnellement signalé par courrier électronique début septembre 2011 que mon entreprise Artelittera ne devait plus figurer parmi la liste des "prétendants". Mon interlocuteur n'a pas donné de réponse à mon message.

Time is money ! Les acteurs de l'édition numérique, petites ou grandes structures, n'ont bien évidemment aucune minute à perdre dans un territoire sans avenir.

 

 

 


Publié dans édition

Commenter cet article

Virginie Rouxel 21/09/2011 18:44



Merci à Georges
Etienne Faure pour les précisions sur la politique d’accompagnement de la création d’entreprise par la Ville. Pour ce qui concerne les autres activités que le Labo souhaite développer,
en particulier la plateforme d’animation et de rencontres, l’équipe du Labo de l’édition est à votre disposition pour vous informer, samedi prochain lors du bookcamp, mais aussi à tout moment en
nous contactant via l’adresse suivante : contact@labodeledition.com. L’activité du Labo de l’Edition se met en
place progressivement. Elle s’enrichira de tous les apports : c’est l’esprit collaboratif qui garantira l’intérêt du lieu. D’ici là, nous vous remercions pour votre indulgence en cette phase
de démarrage. Virginie Rouxel, Déléguée Dénérale du Labo de l’édition. (virginie.rouxel@labodeledition.com)



Georges-Etienne Faure 19/09/2011 21:39



Si vous le jugez bon, peut-être qu'un petit update du post (genre [MAJ: réaction de la mairie de paris dans les commentaires]) pourrait encourager les gens à afficher les commentaires, qui ne
sont pas visibles par défaut ? Voire un nouveau tweet ?


A vous de voir évidemment, et peut-être au plaisir de vous voir au bookcamp !



Chantal Vieuille, éditrice 19/09/2011 23:18



Malehreusement, trop de travail !!!! c'est çà les petites entreprises du web ! je ne peux pas aller au Bookcamp...



Georges-Etienne Faure 19/09/2011 20:49



Sauf erreur (mais peut-être les équipes du Labo viendront-elles compléter ma réponse) l'aide à la recherche de capitaux fait partie des prestations d'accompagnement des entreprises incubées !


 


http://www.parisincubateurs.com/notre-offre/la-connexion-avec-les-reseaux-de-linnovation


 


Mais il est vrai que ce n'est pas toujours facile, le capital-investissement n'étant pas aussi développé en France que dans d'autres pays, et sans doute moins porté sur la prise de risques...


 


Les structures publiques assument une partie, notamment en pré amorçage, mais pour la suite on est assez loin de leurs missions fondamentales !


D'autres structures à Paris (le Camping, par exemple) pratiquent plutôt de l'accélération sur 6 mois, avec des rencontres régulières avec des investisseurs ("Investor days"), qui sont également
un vrai moyen de se mesurer à la recherche de capitaux.


 


Bonne soirée !



Chantal Vieuille, éditrice 19/09/2011 21:34



Merci de mettre à disposition de tout le monde via votre commentaires ces informations qui peuvent être utiles.


 


 



Chantal Vieuille, éditrice 19/09/2011 19:36



Je pense que vous êtes bien loin du Minitel !!!!!


Une aide à apporter aux entreprises web de l'édition numérique c'est déjà de les aider, une fois leur projet mis en route, parler avec les investisseurs. Nous avons tous besoin de capitaux
d'amorçage. Si les pouvoirs publics ont un soutien à apporter c'est là, au coeur de cette compétition internationale. Oséo est bien faible dans ce domaine. Les pouvoirs publics disposent sans
doute de personnels super compétents dans ces domaines là : parmi les commentaires vous lirez celui de quelqu'un qui dit que les start up américianes sont soutenues par les investisseurs. Je ne
suis pas sûre ! L'Europe et la France a des investisseurs. C'est le chemin entre la start up et l'investisseur adéquat qui est difficile. Nous ne parlons aps le même langage. C'est là que doit se
jouer l'aide et pas dans une table, une chaise et une prise de courant. L'entreprise web est embarqué dans l'internationale et doit assumer une compétition redoutable. L'argent aide.



Georges-Etienne Faure 19/09/2011 19:04



Merci pour cette petite leçon sur le monde du web, j'en étais resté au minitel :) !


 


Ce schema a été imaginé pour fournir à des entrepreneurs innovants une première dotation (disons du pré pré amorçage) sans pour autant entamer leur capital et sans contrainte. En parallèle il
leur est proposé un hébergement tout compris et un accompagnement dans un lieu que nous souhaitons stimulant et emblématique. Nous n'imposons le système à personne, et constatons juste qu'il a
beaucoup de succès (tous les incubateurs sur le même modèle sont pleins, notamment de start-ups du numérique).


 


Pour ceux qui préféreraient travailler chez eux et venir uniquement réseauter dans ce lieu, ce sera tout à fait possible, puisque l'espace du rez-de-chaussée devrait être en partie dédié au
coworking, sur le modèle de la Cantine.


 


Quel type de système vous semblerait mieux adapté ? Nous sommes toujours à l'écoute pour des améliorations !