Le livre, comme un espace de chiffres

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

marcdesgrandchamp.jpgJamais nous n'avons lu ou entendu autant de chiffres, de gros chiffres, évidemment ! pour évoquer le livre.

Jamais les philosophes, les écrivains, les poètes n'ont été si rares.

Jamais la culture n'a été si pauvre.

Et pourtant il y a des millions partout qui circulent.... millions de e books pour tel auteur, millions de téléchargements, millions d'euros pour des machines dites de lectures dont on ne sait si demain leur savoir-faire captera encore les publics.

La culture souffre.

Le livre est menacé de disparition.
Le lecteur se sent seul.

Et pourtant grêce au monde des blogs, il n'y a jamais eu autant de lecteurs et lectrices prenant la parole pour célbrer leurs coups de coeur livresques. Grâce à l'information zapping, les livres sont partout, sous forme de vignette, de pop up, etc. Les livres sont évoqués partout.

La culture s'est affranchie de ses pères. Elle se développe au jour le jour, au gré des volontés, des décisions, des aléas aussi. Elle n'est plus un répertoire monolithique, mais elle est devenue une sorte de gigantesque forme indéfinie qui cannibalise toutes sortes d'expressions, leur donnant vie, au risque de les détruire, à peine reconnues. Mais c'est aussi cela la vie, c'est une sorte de mouvement mouvementé.

Plus que jamais, notre culture française est devenue une culture officielle, soumis au pouvoir politique et bureaucratique..

Et dans ce contexte le livre représente le seul territoire à disposer encore d'autonomie, voire même de liberté. Le livre est désormais entré dans un univers double : le papier, le numérique. Il y a désormais les lecteurs de livres papier et des lecteurs de livres électroniques. Ceux qui souffrent , ce sont les lecteurs de livres papiers qui n'aiment pas les liseuses électroniques. Mais les lecteurs de textes numériques sont moins sensibles, ils ignorent les lecteurs de livres papiers, ils ne les voient plus guère comme des êtres réels...

Avec le numérique, il n'y a pour le moment qu'une addition de chiffres. Et ces chiffres alimentent les "papiers" des blogueurs journalistes. Et plus on donne des chiffres  - souvent les mêmes d'un blog à l'autre - plus on fait grimper (du moins, on le souhaite vivement) le taux d'audience (encore un chiffre). A force de côtoyer des chiffres on perd de vue la réflexion.  Au pays des chiffres, on ne voit plus les poètes.

Que devient le contenu des textes ? Que devient le de quoi ça parle ? Que devient le sens du texte ? Qui est intéressé par les verbes, les mots, les émotions, les métaphores, les mouvements de la phrase ?

Le livre contemporain cristallise en lui toutes les contradictions qui nous assaillent, nous perturbent, nous transforment en êtres malades...

Ouvrons les yeux : la lecture est une activité d'homme libre. Aucune mutinationale ne poura empêcher le lecteur de lire, comme il l'entend.
Ce qui choque aujourd'hui, c'est que tous ceux qui alimentent de leurs réflexions d'experts, le monde de l'économie du livre numérique, ne sont pas des lecteurs.
Mais lorsqu'on emprunte les transports en commun, un train, un bus, un métro, un avion, c'est là qu'on croise des lectrices et des lecteurs.

 

Publié dans édition

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nicolas 23/06/2011 19:50


Tout à fait d'accord avec toi. Bravo pour ton blog trés ludique, vivant et percutant, j'adore tes idées et tes écrits. bonne continuation...