Les relations entre l'écrivain et l'éditeur

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

annette_messager.jpgRelations passionnées,jalonnées de rencontres, de tensions, de désirs, de conflits entre l'éditeur et son auteur. Dès le début, il peut se produire une méprise. Si l'éditeur retient votre manuscrit, ce n'est pas pour autant qu'il vous aime. Mais souvent l'auteur que vous êtes, souffrez de solitude, d'un manque de dialogue autour de votre manuscrit. Alors soudain, quand cet éditeur vous prévient qu'un jour il publiera votre texte, vous voilà heureux, joyeux... et vous mélangez naïvement l'émotion à une décision d'ordre professionel.

Dès lors que s'engage le travail afin de préparer ce manuscrit retenu vers la publication, le contrat d'éditeur est signé. Très important, ce contrat ! Il donne un cadre à la relation entre les deux parties. Tant mieux ! 

L'éditeur devient le représentant de votre futur livre. Désormais, vous avez des rendez-vous avec votre éditeur. Vous discutez avec lui, vous vous confiez même sur votre existence personnelle, vous déjeunez au restaurant, on oublie le livre, on parle d'autres choses, on revient au livre. Vous devenez un écrivain. Vous lui téléphonez, vous lui envoyez des courriers électroniques, vous lui dites combien vous êtes heureux ! Enfin votre éditeur vous accompagne.

Malheureusment, les choses peuvent se gâter. Il arrive souvent d'entendre les auteurs, une fois le livre publié, se plaindre de l'éditeur. "Il ne fait pas son travail ! Mon livre ne se voit pas en librairie ! Il s'enrichit sur mon dos ! Il ne me dit jamais combien d'exemplaires ont été vendus !" Tous les éditeurs connaissent ce revirement. Certains auteurs, plus haineux que d'autres, engagent des procédures judiciaires contre leur éditeur. Rarement les éditeurs sont pris en flagrant délit de ne pas avoir fait véritablement leur travail.

Forcément parce que vous êtes devenu un écrivain, vous exprimez une grande confiance en vous, en votre oeuvre ! Et puis le fait d'avoir pu être enfin publié vous confère une certaine autorité !

Combien d'éditeurs ayant accordé intérêt et passion à l'égard d'une oeuvre littéraire inconnue ont-ils accumulé des dettes financières, mis en péril leur propre existence ? Ceux-là n'ont jamais reçu la moindre reconnaissance de la part de leurs auteurs. Ceux-là ont dû fermer la porte de leur entreprise, sans aucun bénéfice, sans amour.

Alors, oui ! la relation entre l'auteur et l'éditeur est délicate, fragile, soumise à des variants. Il faut écarter la part du désir. C'est le désir qui irradie la confusion.

Ainsi étant éditrice, je m'interdis de tutoyer les auteurs que j'édite. Le vouvoiement pose une distance nécessaire entre l'auteur et moi-même. Autre point, toujours entretenir ou maintenir le dialogue avec l'auteur. Eviter de s'engager avec des auteurs qui proposent des manuscrits sans doute de qualité mais qu'on sera incapable de défendre, et donc à terme on sera confronté à des problèmes.

L'auteur doit faire preuve lui-même de réalisme. La reconnaissance, la gratitude, le remerciement sont autant de paroles qui préservent la relation auteur / éditeur de la mésentente. Car c'est l'objectif à atteindre. Accepter que votre livre soit un pur échec commercial, même si cette réalité se révèle fort désagréable. L'éditeur aujourd'hui dispose d'une place qu'on lui conteste. Avec l'avénement du numérique, il peut disparaître... Il y parviendra, sans doute, car l'éditeur a du mal aujourd'hui à se remettre en cause. Mais l'auteur tout seul, que va-t-il devenir ? C'est donc aujourd'hui dès maintenant qu'il faut réinventer la relation auteur éditeur. A suivre.

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