Louis Wolfson, écrivain américain écrivant en français

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

index-copie-3.jpgAuteur : Louis Wolfson

Titre : Ma mère, musicienne est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan

Editeur : Editions Attila, 2012 (publié en 1984 par les éditions Navarin)

 

En 1977, meurt, des suites d'un tumeur ovarienne, la mère de Louis Wolfson, qui a publié un premier livre en 1977 chez Gallimard, Le Schizo et les langues.

Après le décès de sa mère, Louis Wolson s'installe à Montréal où il poursuit sa pratique obsédante des paris hippiques. Il entreprend l'écriture de la chroinique de la maladie de sa mère à partir d'un carnet de notes qu'elle avait elle-même rédigée à propos de l'évolution de sa maladie, de ses rendez-vous en chimiothérapie, etc.

Ce livre est sidérant.

La schizophrénie du narrateur construit un monde curieux, avec des obssessions, des rythmes, des déplacements dans la ville, des réflexions. Il y a le récit de la maladie qui identifie le personnage de Rose, la mère de Louis Wolfson, et, avec la maladie, des lieux comme l'hôpital, la maison de convalescence et l'appartement familial. Puis il y a un autre récit mis en scène par la pratique des paris sur les champs de courses  que Louis Wolfson réalise tous les jours sur l'hippodrome de New York.

De l'obsédante pratique des paris sur les chevaux à la maladie de Rose, sans rémission, toujours galopante, il y a un monde où la coupure entre le narrateur et le monde structure une vie quotidienne dépourvue de parole, d'échange, d'affect, de désirs. La maladie de Rose est examinée par le narrateur "à la loupe", via des ouvrages médicaux qu'il lit. Il sait tout de la maladie de sa mère, vocabulaire médical, nom des médicaments et label des laboratoires pharmaceutiques. Il est question de maladie mais pas de souffrance. D'ailleurs à aucun moment Rose en semble souffrir. C'est comme si la maladie était une autre Rose. Dédoublement.

Chez Wolfson, il n'y a aucun désir. Il n'y a pas d'autre femme que Rose. Il n'y a pas de sexe. Il y a des trajets, toujours les mêmes, des déplacements dans la ville pour se rendre soit à l'hôpital soit à l'hippodrome, avant d'aller dans sa chambre se coucher. Il n'y a pas de voyage, pas d'errance, pas de vagabondage. Tout déplacement est justifié par la réalité de l'action à faire : aller rendre visite à sa mère ou aller faire des paris. C'est le narrateur qui se présente ainsi. Le tout écrit dans une langue française singulière. Le langage trouve sa personnalité dans la singularité du propos. Des mots obssessionnels, comme "le couple" dès lors qu'il y a deux personnes, deux choses, etc... L'étude de cette expression dans la langue de Wolfson mériterait presqu'un livre à elle toute seule !

Ce livre est époustouflant.

L'obssession est prenante. Parfois ça s'essouffle. Le lecteur s'ennuie sans doute à suivre le narrateur dans ses pérégrinations sur l'hippodrome. Mais il y a une force attractive, un je ne sais quoi qui résonne fortement au point que l'on s'intérroge : Serait-ce là dans ce territoire sans équivalent, à l'écart des modes et des conventions que pourrait se produire un fait littéraire du XXIe siècle ?

La maquette de l'ouvrage est très élégante, une réussite à saluer (j'adore les éditions Attila). Le texte est enrichi par des photographies en noir et blanc, des documents personnels de l'auteur-narrateur attestant sans doute du jeu entre les récits.

Une fois la lecture achevée, on a besoin de rire pour s'alléger du poids de la complexité dans laquelle le narrateur entraîne le lecteur.

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