Les Mémoires de guerre de De Gaulle : non au programme du bac L

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

Panselm_kiefer_der_nibelungenleid.1202129524.jpgarmi les questions d'actualité récente, il en est une, qui peut retenir notre attention : inscrire au programme du bac 2011 des classes de terminales, section Littérature, Les Mémoires de guerre du général de Gaulle.

Qu'est-ce que la littérature ? Tant de réponses à la question ne peuvent qu'exalter le débat. Néanmoins on ne peut que soutenir les enseignants qui s'élèvent contre une telle mesure. Si l'on considère que nous sommes entrés dans une nouvelle ère où le monde de la pensée change de visage, où l'autorité des philosophes a totalement disparu, il est plus que jamais important de ne pas faire des amalgames entre poésie, romans, essais, témoignages, récits historiques etc. Alors que l'enseignement des "humanités" disparaît, voire a disparu, alors que les disciplines littéraires et artistiques sont dévalorisées, il faut redonner à la littérature ses fondements, ses qualités et ses limites. De Gaulle est un militaire du XXe siècle qui a eu, conséquence de la Seconde guerre mondiale, un destin politique prestigieux. Par sa culture personnelle, l'écriture ne lui a pas échappé. Son amitié avec André Malraux, compagnon de route fidèle, confirme sans doute cette inclination. De là, à le ranger au Panthéon des écrivains français, réflexion oblige. La pensée de De Gaulle est politique, elle influe encore sur les hommes politiques d'aujourd'hui, elle guide certains d'entre eux.

A moins de décider que l'enseignement de la littérature devient un territoire de propagande, ce que nous ne pourrions accepter, Les Mémoires de Guerre, oeuvre à caractère historique, ne peuvent pas co-exister avec des oeuvres romanesques du XXe siècle. C'est engager les jeunes dans des chemins sans issue, où l'explication littéraire peut vaciller dans un émoi d'engagement politique. Imaginons un lycéen exprimant une pensée anti gaulliste face à son professeur attaché à la pensée du Général... On ne parlera plus de littérature mais de politique.

Il faut que les enseignants de Français combattent énergiquement une telle mesure et si elle est imposée par le pouvoir politique, il faut la boycotter. La littérature, y compris la littérature contemporaine, est parée d'un certain nombre de caractéristiques propres à l'analyse du sensible. Le monde des idées apprécie la distanciation avec l'actualité et l'immédiateté.Ce n'est qu'en préservant cette distance que les jeunes comprendront les significations de la littérature qui ne correspondent pas, par exemple, à celles de la production littéraire au jour le jour, truffée d'oeuvres négligeables, qui à peine publiées, disparaissent. Ce qui est heureux !

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solko 17/06/2010 20:51


Je suis prof de lettres, je ne suis pas gaulliste et je suis ravi de ce choix.


Chantal Vieuille, éditrice 17/06/2010 21:32



Merci pour votre commentaire qui nous permet de réfléchir à la pertinence de nos prises de position.



Bernard Millant 15/06/2010 16:33


C'est bizarre tout ce petit monde de guignols analphabètes à qui De Gaulle fait peur, la moitié ne connaît pas, quand aux autres, ils tremblent de devoir reconnaître la qualité littéraire de De
Gaulle. Nous ne sommes pas dans la politique mais dans la grande histoire des lettres, du verbe !


Chantal Vieuille, éditrice 15/06/2010 17:57



Permettez-moi de répondre à votre commantaire. Il n'y a pas de guignols analphabètes. Nous sommes nombreux sans doute à faire l'éloge de la personnalité du Général de Gaulle qui a joué un rôle
historique au plan national et international pendant le XXe siècle. Mais ne confondons pas Histoire et Littérature. Bien écrire ne signifie pas pour autant que vous soyiez un écrivain. De Gaulle
était un militaire, homme de stratégie, homme de culture aussi. Sans plus. La littérature française du XXe siècle compte nombre d'écrivains talentueux qu'il serait bon de faire découvrir aux
élèves qui ne l'oublions pas lisent de moins en moins.