Richard Millet : corps en dessous

Publié le par LE LIVRE A LA CARTE

Le dernier livre de Richard Millet, intitulé La Confession négative publié chez Gallimard en 2009, se déroule dans un Liban en plein guerre.

L'oeuvre de Richard Millet est riche de plusieurs dizaines d'ouvrages. Parmi eux, de petits livrets au nombre de 5 chez l'éditeur prestigieux Fata Morgana. La lecture de celui-ci au titre rêveur, Corps en dessous, se compose de trois courts récits. Des histoires de femmes et des corps de femmes. Au delà de ces femmes, seules, jolies un jour sur deux pour l'une, à moitié laide pour l'autre, des femmes aux corps transformé par les maternités, c'est aussi l'homme qui est visé. L'homme devant la femme, l'homme au côté de la femme, et bien au-delà, ce qui est dénoncé c'est le couple absurde qui se crée un temps, comme une posture, l'un en dessous de l'autre, juste pour la satisfaction immédiate d'un désir. La trace si brûlante se révèle éternelle. Il y a un goût d'amertume, une sorte de désenchantement absolu dans cet accouplement des corps qui ignorent la passion de l'amour. Il y a un refus d'idéalisation de l'amour. Il y a des hommes veules, prétentieux et insignifiants qui alourdissent les corps des femmes en les fécondant. La poétique de Richard Millet se rapproche du désespoir, comme si le territoire de l'amour avait été tué dès la naissance par des secrets. "L'amour est, au contraire, une damnation." En fait, à lire l'écriture si bien ciselée de Richard Millet, on y découvre le corps meurtri de l'homme, celui qui souffre cruellement, atterré par l'accouplement. Et délaissant l'amour, la douceur, l'érotisme, cet homme-là part faire la guerre, les armes glissées dans son sac. Glissement progressif des désirs : la figure irréparable du meurtre. "N'est-ce pas l'insignifiance des hommes qu'elles viennent oublier, ici (...) les femmes et les filles, toutes les femmes, une fois saigné l'homme-loup ?"

Richard Millet, Corps en dessous, avec des dessins de Damien Daufresne, éditions Fata Morgana, 2007.

Publié dans édition

Commenter cet article