Une Chambre en Hollande

Publié le par LE LIVRE A LA CARTE

Seulement 57 pages. Mais 57 pages de bonheur littéraire. Une écriture serrée, minutieuse, élaborée. Et peu à peu, dans ces préliminaires empruntés à l'Histoire de l'Antiquité grecque, se dégage de loin puis de près le fantôme de René Descartes, jusqu'à le voir là bien vivant dans ce tableau émouvant, comme la chambre.

"Aux premiers jours de décembre 1628, Descartes quitte Paris. Il ne s'achemine pas directement vers sa destination. Il se retire à la campagne, on ne sait où, pour se préparer au régime philosophique qu'il observera jusqu'au bout. La base de ce régime, c'est l'absence au monde, l'extériorité sentie, voulue, à la vie. Il implique la solitude qu'on ressent au sein de la foule, au coeur des grandes villes, lorsuq'on est à l'étranger. N'importe quelle paroisse rurale française pour lui en donner un puissant avant-goût, l'aider à s'y accoutumer. Il lui faut aussi se faire à la froidure du lointain promontoire remparé de digues, cinglé de bourrasques de la mer du Nord ou noyé, quand le vent passe à l'est, du brouillard glacé de la plaine allemande. On n'a pas d'autres détails sur le sas où il s'enferme du début de l'Avent à la fin mars 1629." (page 44-45)

 

C'est un livre très calme, dense, riche, mais empli de la douceur de penser. On ne sait pas dans quel temps on se trouve, si c'est le présent ou le passé. On se laisse bercer par les images, par le rythme. Il y a les pans de biographie de Descartes, des moments de réflexions philosophiques, des paysages, des voyages. Il y a déjà en filigrane un parfum d'Europe qui se propage.

Ce livre est un bijou précieux.

Une chambre en Hollande, Pierre Bergounioux,

Verdier, 2009, 9.80 euros.

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