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Edouard Louis : En finir avec Eddy Bellegueule - Le Seuil

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

9782021117707.jpgUn premier roman intitulé : En finir avec Eddy Bellegueule.

C'est un livre remarquable, au sens où il doit être signalé à l'attention du lecteur. En préambule à ce billet, si je me déclare comme hétérosexuelle confirmée, pas prête à changer d'identité, c'est que ce roman développe en partie le thème de l'homosexualité. Je ne saurais être accusée de complaisance sur ce sujet.

C'est un roman remarquable avec un personnage principal qui parle à la première personne, qui porte le patronyme mentionné dans le titre. C'est éminemment subjectif. L'auteur confie au journaliste que ce roman-là, c'est sa vie, ce sont des souvenirs, assez récents dans le fond, puisque l'éditeur précise qu'il a 21 ans.

C'est un livre remarquable, avec une construction en deux parties, la première intitulée "La Picardie 1990-2000", la deuxième, intitulée "L'échec et la fuite". Le temps est celui de l'enfance / l'adolescence,  jusqu'à l'entrée au lycée comme interne. Le lycée, l'école, les études, ce sont les territoires de la fuite. Mais fuir quoi ou qui ? La structure de la narration est classique, avec des chapitres comme des séquences de vie, "les histoires de village", "la bonne éducation" etc.

Dès les premières pages, le lecteur fait connaissance avec le narrateur, un jeune garçon de 10 ans qui vit dans un village du Nord de la France. Pas dans la France d'il y a 100 ans, ni celle de l'entre-deux-guerres, mais celle d'aujourd'hui, celle bien réelle avec la fracture sociale bien connue entre les pauvres et les riches. Mais ici, à la différence de tous les écrivains bourgeois d'aujourd'hui qui publient des livres et se montrent dans les télévisions et parlent dans les radios, celui-là, du faux-vrai patronyme Edouard Louis, l'auteur-narrateur raconte son enfance dans une famille pauvre de 6 enfants, le père travaille à l'usine, un seul petit salaire pour élever ce petit monde, la mère reste à la maison jusqu'à ce qu'elle décide d'occuper une fonction d'auxiliaire de vie pour les personnes âgées du village. C'est le roman d'une famille, avec les parents, la fratrie, mais aussi les cousins, les grands-mères, et les voisins. C'est une construction linéaire, le narrateur progresse à force de fouiller dans sa mémoire, mais en fait il revient toujours au même point : à la page 15, il y a cette question, "c'est toi le pédé ?", le narrateur se l'approprie, la question le hante. Et le roman se termine par ces mots "Alors Eddy, toujours aussi pédé ?" Deux questions qui forment une seule question. Des questions brèves avec le mot clé à l'intérieur.

Mais est-ce seulement cela, l'homosexualité, que le roman traduit ?

Ce qui est remarquable, c'est la délicate subjectivité qui s'exprime à travers le narrateur, un garçon qui n'aime pas les filles. Dans le village, on le trouve "efféminé", "pas normal". Les mots créent des images : le narrateur parle du corps, du sien et de celui des autres. Peu à peu il y a de plus en plus de gens dans le livre. Principalement des garçons.  Les cousins sont les premiers camarades des jeux pervers qui révèlent au narrateur son désir pour les garçons. Mais tout se joue en famille. A force d'être enfermé dans la famille, on ne sait plus si les relations sont "normales", à tel point que lorsque son père lui dit "je t'aime", le fils éprouve un dégoût car ces mots-là sont de l'ordre de l'inceste.

Ce qui est remarquable c'est que ce livre dit la douleur du corps. Ca commence par çà : "la souffrance est totalitaire ; tout ce qui ne rentre pas dans son système, elle le fait disparaître." Alors dans la souffrance, il n'y a plus de clivage sexuel. Nous sommes tous la proie d'une souffrance singulière. Celle de soi. La souffrance désigne une douleur du corps  retenue en soi, qui ne s'exprime pas en dehors de soi, car la stratégie du bien vivre en société c'est de présenter l'image que les autres veulent avoir de soi. Tout est représentation. On est dans le voir et être vu. L'existence se construit sur le mode de la théatralité. C'est le regard développé  sur le corps, qui oblige à souffrir. La représentation de l'homme, et donc du masculin, c'est être un homme dur et  fort, jouer au football, boire de l'alcool, coucher avec les filles, aller travailler à l'usine... Autant de schémas de représentations qui heurtent la pensée émotionnelle de ce petit garçon qui déjà dans l'enfance, perçoit vaguement qu'il n'est pas comme les autres. Pas comme le père qui gueule, qui tape, qui cogne...

Ce qui est remarquable, c'est l'écriture. Une écriture orale. D'ailleurs, à un moment donné l'auteur dit qu'il "parle" tandis qu'il écrit. C'est donc bien vrai que cette écriture se dit comme un monologue sur le divan du psychanalyste. Une écriture fluide, pas embourgeoisée, mais qui coule comme çà, sans excès, sans silence, sans hésitation. Oui, une écriture fluide. L'écriture qui parle a supprimé la convention des guillemets, ces petits signes typographiques qui montrent que le discours de narration ouvre sur un nouveau discours, fait de paroles. Il y a deux discours emboîtés l'un dans l'autre : celui du narrateur qui raconte sa vie au milieu des autres, et tous les discours de ceux qui composent l'entourage familial ou amical du narrateur. Et pour marquer cette juxtaposition, les paroles des autres sont seulement introduites en italiques. Pas de guillemets. Terminés, les guillements. Les paroles des autres sont vulgaires, familières, le langage des autres, de tout le monde, de ceux qui sont pauvres, de ceux qui galèrent....

Magnifique, cette juxtaposition des deux discours. Un langage quasi photographique qui met en image un monde vivant, qui produit ses propres images. Le roman est politique, le roman est subjectif, le roman est émotion. C'est une célébration de la violence, tout est violent. Personne ne se parle avec amabilité ou gentillesse. Il n'y a aucune attention délicate. Le narrateur, parmi les siens, c'est un peu le vilain petit canard, pas comme les autres, pas conforme aux images du mec... Ca crie, ça frappe, ça souffre. C'est le coeur de la matière du roman subjectif, cette violence qui organise les rapports entre les gens d'une même famille.

Remarquable, aussi, l'usage de la parenthèse à l'intérieur de laquelle ça parle encore. Le roman témoigne de la maitrise du fait romanesque pour le faire entrer en littérature.

Ce roman est celui de la violence issue de nos modes de vie, de nos façons de vivre. C'est la violence originelle, née du regard porté vers l'autre. Cette violence qui s'empare du corps devant le corps de l'autre, différent de soi, ou identique à soi. La violence dans ce roman passe partout, jaillit partout, meurtrit tout, laisse des traces, blesse et fracasse.

C'est remarquablement dit. On est sous le choc.

Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, Le seuil, 2014. 17 €

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La culture chinoise : quelques principes à retenir

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

Aspects-of-chinese-culture._cover-copie-1.jpgEn publiant ce petit livre intitulé en anglais, Aspect of chinese culture, l'éditeur Tsinghua university press, a souhaité donner au lecteur étranger, des rudiments culturels, pour comprendre la langue. Les apprentissages de langue étrangère ne convoquent plus seulement le lexique. Ce sont les apprentissages langue-culture qui désormais permettent aux apprenants de maitriser une langue étrangère, en comprenant les particularités culturelles du pays qui parle cette langue.

Aspect of chinese culture, disponible pour le moment uniquement en anglais et chinois, est une lecture à recommander pour qui s'apprête à partir en Chine pour un séjour de quelques semaines, touristique ou professionnel. Le lecteur retiendra des éléments suffisants mais nécessaires à la compréhension de certaines expressions usuelles.

Chaque chapitre de cet ouvrage est téléchargeable au prix de 2 € par chapitre. Le texte se présente à la fois en anglais et en chinois.

Prochainement  la version française de ce même ouvrage sera disponible en téléchargement sur la plateforme Artelittera.

 

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Susana Soca (1906-1959)

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

telechargement--1--copie-1.jpgPoètesse et mécène uruguayenne. Née à Montevidéo en 1906 dans un milieu familial où les écrivains sont célébrés, reconnus, admirés. La poésie, la littérature sont des passions pour cette jeune femme au tempérament mystérieux. Amie intime du poète Henri Michaux, ce dernier écrira joliment dans une lettre à son ami Jean Paulhan : "je suis amoureux, tu crois qu'elle m'aimera ?"Mais entre Susana et Michaux, pas de destin partagé. En 1938, elle quitte l'Uruguay pour rejoindre la France. La guerre y éclate en septembre 1939. Susana Soca reste à Paris pendant toutel a guerre. Elle partage son temps avec les poètes, les hommes de lettres. Elle est l'amie du couple Paul et Nusch Eluard. Susana, élégante, ne se prive pas de toilettes élégantes même dans le Paris en guerre. Combien de fois Eluard ne l'a-t-il pas sollicitée pour qu'elle donne à Nusch des tenues vestimentaires qu'elle ne porte plus. Les deux femmes ont la même taille. Et le couple Eluard est sans argent pendant la guerre, ou presque. 

En 1947, elle crée une revue La Licorne dont elle confie la direction à Roger Caillois. Ce dernier relate leur premier rencontre ainsi : "J'avais beaucoup entendu parler de Susana Soca, avant de la connaître, par les uns avec enthousiasme, par d'autres avec quelque septicisme. Quand je la connus, ce fut avec autant de surprise que si je n'avais pas été prévenu : cette sensibilité extrême, dont ce serait peu de dire qu'elle était à fleur de peau, et qui donnait à son allure et à tout son être une sorte de tressaillement permanent et comme vibratile ; un visage d'une grande et solennelle beauté, ravagée, non, dévastée, par de larges cernes bistres autour des yeux. Je veux dire l'harmonie secrète de ce visage ne suffirait nullement d'une telle marque de lassitude et presque d'épuisement, mais qu'elle en était rendue plus ample, plus vide et plus pathétique. (...)"

Susana Soca dont la vie est dédiée au mystère de la poésie, a écrit elle-même de la poésie. Oeuvre Poétique regroupe un ensemble de compositions qui effleurent l'intime avec pudeur. 

(...)Seul l'oiseau n'est pas venu

Et la chambre fermée

Oublia le temps de l'oiseau

Qui est le temps du matin

Ignora le temps de l'oiseau

Qui est le temps de la louange (...) (p. 77).

La publication des poèmes de Susana Soca s'est effectuée sous la direction de Pierre Nouilhan et à l'initiative de Juan Alvarez MarquezLes éditions Sables donnent à lire des poètes parfois d'origine hispanique. Ce projet éditorial a naturellement trouvé sa place dans cette maison d'édition.

Susana Soca a disparu tragiquement  en 1959 alors que prend feu, sur l'aéroport de Rio de Janeiro, l'avion dans lequel elle a pris place pour assister à une cérémonie en Uruguay à la mémoire de son père.

A la fin de l'ouvrage, les éditeurs ont publié 3 hommages à Suzana Soca, rédigés respectivement par Cioran, Borges et Michaux. Ce dernier écrit ceci : "Prêtant à autrui sa rareté, elle aura circulé parmi nous, paraissant toujours cherché quelqu'un d'autre, aura parlé avec nous, paraissant attendre de parler à quelqu'un d'autre, avidement distraite.(...)". A lire, à découvrir, à retenir.

Susana Soca, Oeuvre Poétique

Editeur : Sables 15 route de l'Eglise, 31130 Pin-Balma

2011 / ISBN 2 907 530 59 3

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La dimension du couple Chez Paul Eluard

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

telechargement3.jpgPaul Eluard bénéficie d'un renouveau d'intérêt alors que l'une de ses oeuvres, Capitale de la douleur, est au programme de l'agrégation 2014 et que Les Mains faciles est au programme du Bac français 2014.

Quelquesoit le discours à produire sur Eluard, une dimension ne peut être ignorée, celle du couple. Eluard n'a jamais cessé "d'investir" sur le féminin incarné par la muse, la compagne, l'épouse. 

Capitale de la douleur (1926) témoigne de la douleur de la séparation avec Gala. Gala a provoqué une première déchirure conjugale avec Max Ernst entre 1922 et 1926. La relation amoureuse se joue au domicile des Eluard. Le poète est le premier complice des amours de sa femme avec l'ami très cher qu'il héberge alors chez lui. A partir de cette première fracture, Eluard ne retrouvera plus jamais le tempo émotionnel de la relation amoureuse avec Gala. Celle-ci passe son temps en allées et venues entre le domicile conjugal et l'ailleurs. Elle va et elle vient. Elle est pour le poète la muse, mais Gala est déjà très loin. Puis en 1929, alors qu'elle a accompagné celui qui est encore son époux,  pour rejoindre le jeune peintre Salvador Dali à Cadaquès à l'occasion de quelques jours de vacances, Gala ne rentre pas à Paris. Eluard et sa fille rentrent seuls. Le couple est définitivement rompu.

Gala avait rencontré Eluard alors que celui-ci avait 17 ans, durant un séjour au sanatorium de Clavadel près de Davos en Suisse. Gala, jeune russe de quelques années plus âgée que lui, préside en quelque sorte à la naissance du poète. Elle reproduira le même schéma psychique dans sa relation avec Dali : elle "mettra au monde" le peintre qui à l'époque est peu connu.

Eluard est le poète de la poésie amoureuse. C'est ainsi qu'on le définit. Avec raison. L'amour, c'est un art de vivre. C'est un projet de vie. C'est une respiration. Nusch qui fut sa seconde muse et épouse disait avec jovialité, "l'amour c'est la vie". Il n'y avait rien de tel pour réjouir Eluard. L'amour lui confirme un projet politique dont il est convaincu, qui combat les stéréotypes de la société bourgeoise et conventionnelle. 

La dimension du oouple est majeure parce qu'elle est à considérer dans une pensée proprement surréaliste. Donc révolutionnaire. Ce n'est pas l'amour conventionnel, c'est l'amour sans mystique. C'est l'amour de l'amour qui fonde la quête poétique d'Eluard.

Pour comprendre cette dimension de l'amour de l'amour, il est possible de télécharger : Nusch, portrait d'une muse du Surréalisme de Chantal Vieuille. Biographie illustrée par des photographies et accompagnée d'un texte de Timothy Baum sur les Collages de Nusch

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Tandis que les librairies ferment en France, les jeux les plus bêtes triomphent

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

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Fin novembre 2013, les 53 librairies appartenant à l'enseigne Chapitre.com sont mises en liquidation. Fin décembre 2013, 11 d'entre elles seront réouvertes grâce à des repreneurs, mais 41 demeurent fermées. 

En octobre 2013, les 11 librairies de l'enseigne Mona Lisait sont mises en liquidation judiciaire. Le 13 décembre 2013, le liquidateur judiciaire chargé de ce dossier "se réjouit" car les offres de reprise de ces librairies se multiplient.

Nous pourrions établir une longue liste des librairies ayant fermé leurs portes tout au long de l'année 2013. Cela n'a pas d'intérêt. Ce qui suscite notre plaisir c'est d'apprendre que des entrepreneurs existent encore pour assurer la persistance des points de vente des livres. Mais avons-nous raison de nous réjouir soudain ? Il y a tant d'autres marques de déplaisir qui nous affligent, illustrées par des images répandues sur cet outil d'information, le web, dont on ne sait plus s'il dit vrai, s'il dit faux, mais dont on sait seulement qu'il dit, qu'il parle, qu'il fait du bruit...

Les livres disparaissent, une large partie de la population ne lit même pas un livre dans l'année, l'ignorance se répand dangeureusement. Contre la culture et le rayonnement des connaissances, se déploie massivement un engouement étrange pour les jeux... Les plus bêtes sont ceux qui triomphent... L'un des plus récents, nommé Candy Crush, ne fait pas rêver... De ce jeu, on parle d'addiction de la part des joueurs. Il n'y a aucun plaisir du jeu mais une sorte de dépendance demandée par les joueurs eux-mêmes, ceux-là mêmes qui ne lisent jamais un livre et qui s'enfoncent dans l'ignorance.

Et si on rêvait ? Alors le monde du web serait enfin débarrassé de ces messages publicitaires intempestifs qui se superposent et se multiplient sans répit. Alors le monde du web serait réservé à la diffusion de tous les savoirs...

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Le développement des plateformes de téléchargement de livres électroniques

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

artelitteralogo2011-1Nous relayons cet article de Françoise Benhamou* qui nous offre toujours des analyses de qualité dès lors qu'il s'agit de réfléchir sur les industries culturelles. Cet article vient d'être publié dans Livres-Hebdo et nous insérons ici une partie de cet article. Celle dans laquelle l'auteur s'interroge sur les modèles de plateforme destinées à valoriser les productions d'ouvrages.

"L’importance du livre papier explique l’hésitation des investisseurs à créer des plateformes pour le livre numérique dont le modèle économique est fragile et repose sur des économies d’échelle qui impliquent la vente de livres en grand nombre.Quant à la place prise par Amazon, elle s’est considérablement renforcée en peu d’années, dans un marché où le nombre des titres disponibles est un élément crucial du choix du consommateur de se tourner vers un détaillant plutôt qu’un autre. Il est difficile d’entrer sur ce marché où l’attrait de l’acteur dominant rend le risque élevé. Dans ces conditions, l’émergence de plateformes que l’on pourrait qualifier d’alternatives est lente et compliquée, et pourtant urgente et nécessaire."

Notre réflexion converge également dans ce sens.

Nous observons une inquiétude chez les éditeurs français, à l'image sans doute de la psychologie de l'être français actuellement... Une inquiétude qui n'est pas perçue chez les homologues européens ou hispaniques ou anglo-américains.

Notre plateforme www.artelittera.com enregistre à ce jour 15 partenariats avec des éditeurs, la plupart sont européens et non français. Et d'ici le début de l'année 2014, nous atteindrons 20 éditeurs, encore une fois étrangers. Une plateforme de distribution de contenus culturels n'a pas vocation à être ancrée dans une zone géographique. Par essence, elle est internationale.

En 2014, nous intégrerons un modèle de distribution pour les bibliothèques. Et nous sommes en train de construire un modèle de représentativité en Afrique.

Alors, oui Amazon ? le modèle fait trembler parce que massif. La faute à qui ? aux clients, forcément. Parce que les clients ignorent volontairement qu'aujourd'hui des plateformes de libraires comme celle de decitre assurent les mêmes services qu'Amazon. Et que contrairement à cette dernière, ces libraires en ligne assurent à leurs employées des qualités de travail conforme à la déontologie. Un plus qui fait réfléchir.

Mais la présence du géant n'empêche nullement aux autres projets de tenter leur chance. Artelittera est un exemple de développement réfléchi, mesuré, adapté à l'évolution des marchés et des usages. A ce stade, la plateforme n'est ni en retard ni en avance. Elle est à son juste milieu. A suivre.

 

*Françoise Benhamou est économiste, professeur des universités. Elle enseigne à Sciences Po Paris, à l'Institut National de l'Audiovisuel et à l'Institut National du patrimoine. Elle est notamment prés  idente de l'ACEI (Association for Cultural Economics International), membre du Conseil d'administration et du Conseil scientifique du musée du Louvre, membre du Conseil d'orientation de la fondation Jean Jaurès, du Conseil d'orientation du Centre national de la Variété, du Comité consultatif des programmes de la chaîne ARTE.En 2012, elle a rejoint l'ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes). Elle a publié de nombreux articles, rapports, ouvrages, parmi lesquels : "L'économie de la culture" (La Découverte, 7ème éd. 2011), "L'économie du star system" (Odile Jacob, 2002), "Les dérèglements de l'exception culturelle" (Le Seuil, 2006), "Droit d'auteur et copyright" (avec J. Farchy, La Découverte, 2ème éd. 2009), "L'économie du patrimoine culturel" (La Découverte, 2012).

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L'oeuvre de Joseph Cornell au Musée des Beaux-Arts de Lyon

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

telechargement-copie-6.jpgMagnifique exposition que celle consacrée à Joseph Cornell (1903-1972) artiste trop peu connu ou mal connu en France, digne contributeur américain au Mouvement du Surréalisme français.

L'exposition relève de l'intelligence, pour confronter Cornell à ses contemporains, Max Ernst, Man Ray, Marcel Duchamp ou Dali. Cornell, surréaliste, c'est sûr, mais américain avant tout. L'exposition se concentre sur les années 1930-1950, période de maturité de l'artiste. Ce travail singulier composé de collages, d'objets et de boîtes contenant de petits objets fait référence au bric à brac qui envahissait le garage de sa maison de Nyack dans l'Etat de New York. Des bouts d'enfance, de petits théâtres imaginaires, des pantins articulés à l'aide de bout de ficelles, des trésors modestes qui ne valent rien si ce n'est que leur valeur est magique. C'est de poésie dont l'artiste parle. La poésie est sa compagne de jeux pour assembler des formes et des mouvements qui inventent des histoires enfermées dans des boîtes à cadre de bois et surface de verre.

L'exposition présente une belle collection de collages de Max Ernst, tirés de La femme Cent têtes. Un pur plaisir des yeux pour qui aime l'artiste. L'exposition met l'accent sur le regard de cet américain tourné vers l'Europe, et tout particulièrement la France. Les collages qui mettent en jeu des extraits de journaux sont là pour en témoigner. C'est Cornell qui écrit dans l'un de ses journaux non datés : "Révélation, monde du surréalisme - âge d'or - monde de magie blanche sans lequel je ne sais pas où diable je serais aujourd'hui".

 

Exposition Joseph Cornell et les surréalistes à New York

Musée des Beaux-Arts de Lyon, du 18 octobre au 10 février 2014

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Politiquement abject

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

telechargement-copie-5.jpgC'est le titre du Prière d'insérer de Jean Birnbaum du Monde des Livres daté vendredi 1° novembre. Comme lui, je suis stupéfaite de voir que les insultes lancées par des enfants à Angers, à l'attention de Mme Taubira, ministre de la Justice, n'ont guère provoqué de commentaires désapprobateurs. "Poser la question : comment une telle scène peut-elle avoir lieu ?" écrit le journaliste.

Comment des parents éduquent-ils leurs enfants sans jamais les inviter à parler dans un langue respectueux ? Comment ces enfants qui arrivent, du haut de leurs 10 ans, à insulter froidement un adulte, vont-ils entrer bientôt dans le monde des adultes sans avoir enregistré les codes de politesse dont le social a besoin pour organiser le bien vivre ensemble? Et demain ces mêmes enfants insulteront peut-être leurs parents, leurs grands-parents et autres membres de la famille ? Ces parents qui ont peut-être souri aujourd'hui d'apprendre "l'exploit" langagier de leur progéniture, vont à leur tour injurier leurs enfants irrespectueux... Ainsi commencent les disputes familiales. 

Nous éprouvons un dégoût à l'égard de ceux qui usent du langage pour insulter l'autre. L'insulte, au-delà du mot, trahit une impossibilité à considérer l'autre comme le même que soi, non pas le même sur le plan identitaire, mais un même homme fragile, à respecter tout autant que soi. Etre poli à l'égard de l'autre, c'est d'abord être poli à l'égard de soi-même. La beauté du langage n'est pas l'apanage des gens dits cultivés. Il est aisé de parler bien, de respecter le bien-parler, ne serait-ce que pour éviter de se laisser piéger par les abus du langage. Cet homme qui dit à une femme " tu m'emmerdes" regrette forcément d'avoir offensé l'autre. Mais c'est trop tard. Les insultes sont des gestes de l'irréparable.

Nous éprouvons du dégoût à la pensée que des hommes et des femmes ne sont plus capables de respecter ceux qui occupent des fonctions de responsabilités. N'oublions pas que nous avons eu un président de la république qui insultait des citoyens devant la caméra (scène Casse-toi, pauvre con !). Le langage a perdu ses limites, ses normes, ses codes. Signe des mauvais temps de la 3° République où les injures fusaient comme des fléchettes !

En attendant, nous devrions être nombreux à dénoncer ces insultes ignobles prononcées à l'encontre de Mme Taubira, dans le sillage du journaliste Jean Birnbaum.

Les développements de ce langage se poursuivent à la mi novembre 2013 : l'extrême droite agit mais ne passera pas. L'occasion est unique pour faire barrage à ces représentations de la haine de l'autre.

Voir La Linguistique en cour de Justice de Claude Tousignant, éditions presses Universitaires du Québec.

 

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La Ruée vers l'art - film documentaire sur le marché de l'art contemporain

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

images-copie-20.jpgAlors que la FIAC - Paris 2013 a fermé ses portes, le film documentaire La Ruée vers l'Art film de Mariane Lamour et projeté dans quelques salles en France, propose une véritable enquête dans le monde de l'art contemporain. Le spectateur, qui aime l'oeuvre d'art en soi, est stupéfait par les scènes du film, où se côtoient les marchands, les conservateurs, les collectionneurs, et parfois les artistes.

Pourquoi stupéfait ? Non pas, par les prix astronomiques remportés par quelques oeuvres d'art, dans le système de la vente aux enchères, car dans le fond pour qui s'intéresse à l'art contemporain, chacun sait que c'est un territoire  qui offre nombre d'avantages aux spéculateurs.

Ce qui est stupéfiant, c'est l'aplomb avec lequel agissent les spéculateurs. Dans ce monde de l'art contemporain, aucune régulation financière ne semble être à l'ordre du jour. L'art contemporain, quand bien même certains commentaires disent qu'il n'a rien à envier aux peintres de la Renaissance du XVIe siècle, entretenus par de généreux mécènes, l'art contemporain, donc, est un lieu où se libère ce plaisir de la domination par l'argent. Ces passions cruelles mettent à mal les dérives de la beauté. Dans cet espace, rien n'est beau. Rien ne doit être beau. On ne parle jamais du beau. C'est du pouvoir dont il s'agit, de l'exercice de la domination à une échelle internationale. Ce qui est grisant pour ces quelques hommes + 1 femme, Sheika al Mayassa, 30 ans, et soeur du nouvel émir du Quatar, c'est de faire monter les enchères et chaque fois de rajouter quelques millions de dollars supplémentaires.

 La Ruée vers l'Art est en tout point réussi qu'il entraîne le spectateur dans cette ivresse. Il n'y a pas de commentaires inutiles, il y a juste cette excitation quasi pornographique où quelques uns sont les Maîtres d'un monde (il y a donc un pouvoir tenu par une organisation politique invisible et sans nom, factice ou réel qui se donne l'illusion de dominer le monde). Et ce sont les artistes qui sont pris en otages dans cette folie humaine, moralement abjecte.  Les dernières images du film présente cet artiste chinois Zhang Huan, au visage glacé, qui témoigne de sa vision du marché de l'art et qui oublie (pour les besoins du documentaire) de parler de cette oeuvre magnifique et monumentale, plaquée sur le mur, derrière son dos, élaborée avec de la cendre. C'est le beau qui mérite du silence.

L'Art est présent sur www.artelittera.com

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Foire internationale du Livre à Francfort - 9-13 octobre 2013

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

Frankfurter BuchmesseArtelittera, plateforme de téléchargement de chapitres de livres professionnels et universitaires, solution originale et inédite dédiée aux éditeurs pour les aider à accroître leur audience, s'installe à la Foire de Francfort du 9 au 13 octobre 2013, dans l'espace consacré aux entreprises numériques. 6 entreprises françaises seulement seront présentes, toutes les autres étant anglo américaines. Cette année, les organisateurs de la Foire vont donner un coup de projecteur aux solutions numériques diverses qui permettent de faire circuler les savoirs.

Artelittera fera une présentation officielle le vendredi 11 octobre de 15h à 15h20. Ce sera une occasion exceptionnelle de présenter les avantages dont les éditeurs peuvent bénéficier pour valoriser leur catalogue de publications. 

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