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Edgar Morin écrit dans Le Monde : "En 2013, il faudra plus encore se méfier

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

Nous nous permettons de relayer un texte paru dans le journal Le Monde, signé Edgar Morin

En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts

LE MONDE | 01.01.2013 à 16h15 • Mis à jour le 01.01.2013 à 16h19Par Edgar Morin, sociologue et philosophe

 
Le philosophe Edgar Morin et le candidat François Hollande, le 10 mars à Paris au siège de campagne socialiste. Dans une tribune publiée dans "Le Monde", le philosophe estime que le président Hollande est désormais "condamné à un 'en avant'" pour dépasser le vide de la pensée politique qui touche les Etats.

 

Hélas, nos dirigeants semblent totalement dépassés : ils sont incapables aujourd'hui de proposer un diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d'apporter des solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenir à court terme avait pris les commandes." (Manifeste Roosevelt, 2012.)

"Un diagnostic juste" suppose une pensée capable de réunir et d'organiser les informations et connaissances dont nous disposons, mais qui sont compartimentées et dispersées.

Une telle pensée doit être consciente de l'erreur de sous-estimer l'erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d'ignorer qu'elle est erreur. Elle doit être consciente de l'illusion de sous-estimer l'illusion. Erreur et illusion ont conduit les responsables politiques et militaires du destin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Staline à faire confiance à Hitler, qui faillit anéantir l'Union soviétique.

Tout notre passé, même récent, fourmille d'erreurs et d'illusions, l'illusion d'un progrès indéfini de la société industrielle, l'illusion de l'impossibilité de nouvelles crises économiques, l'illusion soviétique et maoïste, et aujourd'hui règne encore l'illusion d'une sortie de la crise par l'économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise. Règne aussi l'illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l'erreur que la rigueur est remède à la crise, l'erreur que la croissance est remède à la rigueur.

L'erreur n'est pas seulement aveuglement sur les faits. Elle est dans une vision unilatérale et réductrice qui ne voit qu'un élément, un seul aspect d'une réalité en elle-même à la fois une et multiple, c'est-à-dire complexe.

Hélas. Notre enseignement qui nous fournit de si multiples connaissances n'enseigne en rien sur les problèmes fondamentaux de la connaissance qui sont les risques d'erreur et d'illusion, et il n'enseigne nullement les conditions d'une connaissance pertinente, qui est de pouvoir affronter la complexité des réalités.

Notre machine à fournir des connaissances, incapable de nous fournir la capacité de relier les connaissances, produit dans les esprits myopies, cécités. Paradoxalement l'amoncellement sans lien des connaissances produit une nouvelle et très docte ignorance chez les experts et spécialistes, prétendant éclairer les responsables politiques et sociaux.

Pire, cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique, et cela non seulement dans tous nos partis en France, mais enEurope et dans le monde.

Nous avons vu, notamment dans les pays du "printemps arabe", mais aussi enEspagne et aux Etats Unis, une jeunesse animée par les plus justes aspirations à la dignité, à la liberté, à la fraternité, disposant d'une énergie sociologique perdue par les aînés domestiqués ou résignés, nous avons vu que cette énergie disposant d'une intelligente stratégie pacifique était capable d'abattre deux dictatures. Mais nous avons vu aussi cette jeunesse se diviser, l'incapacité des partis à vocation sociale de formuler une ligne, une voie, un dessein, et nous avons vu partout de nouvelles régressions à l'intérieur même des conquêtes démocratiques

Ce mal est généralisé. La gauche est incapable d'extraire de ses sources libertaires, socialistes, communistes une pensée qui réponde aux conditions actuelles de l'évolution et de la mondialisation. Elle est incapable d'intégrer la source écologique nécessaire à la sauvegarde de la planète. Les progrès d'un vichysme rampant, que nulle occupation étrangère n'impose, impose dans le dépérissement du peuple républicain de gauche la primauté de ce que fut la seconde France réactionnaire.

Notre président de gauche d'une France de droite ne peut ni retomber dans les illusions de la vieille gauche, ni perdre toute substance en se recentrant vers la droite. Il est condamné à un "en avant". Mais cela nécessite une profonde réformede la vision des choses, c'est-à-dire de la structure de pensée. Cela suppose, àpartir d'un diagnostic pertinent, d'indiquer une ligne, une voie, un dessein qui rassemble, harmonise et symphonise entre elles les grandes réformes qui ouvriraient la voie nouvelle.

Je dégagerais ce que pourrait être cette ligne, cette voie que j'ai proposée aussi bien dans La Voie que dans Le Chemin de l'espérance, écrit en collaboration avec Stéphane Hessel (Fayard, 2011).

Je voudrais principalement ici indiquer que l'occasion d'une réforme de la connaissance et de la pensée par l'éducation publique est aujourd'hui présente. Le recrutement de plus de 6000 enseignants doit permettre la formation de professeurs d'un type nouveau, aptes à traiter les problèmes fondamentaux et globaux ignorés de notre enseignement : les problèmes de la connaissance, l'identité et la condition humaines, l'ère planétaire, la compréhension humaine, l'affrontement des incertitudes, l'éthique.

Sur ce dernier point, l'idée d'introduire l'enseignement d'une morale laïque est à la fois nécessaire et insuffisante. La laïcité du début du XXe siècle était fondée sur la conviction que le progrès était une loi de l'histoire humaine et qu'il s'accompagnait nécessairement du progrès de la raison et du progrès de la démocratie.

Nous savons aujourd'hui que le progrès humain n'est ni certain ni irréversible. Nous connaissons les pathologies de la raison et nous ne pouvons taxer comme irrationnel tout ce qui est dans les passions, les mythes, les idéologies.

Nous devons revenir à la source de la laïcité, celle de l'esprit de la Renaissance, qui est la problématisation, et nous devons problématiser aussi ce qui était la solution, c'est-à-dire la raison et le progrès.

La morale alors ? Pour un esprit laïque, les sources de la morale sont anthropo-sociologiques. Sociologiques : dans le sens où communauté et solidarité sont à la fois les sources de l'éthique et les conditions du bien-vivre en société. Anthropologiques dans le sens où tout sujet humain porte en lui une double logique : une logique égocentrique, qui le met littéralement au centre de son monde, et qui conduit au "moi d'abord" ; une logique du "nous", c'est-à-dire du besoin d'amour et de communauté qui apparaît chez le nouveau-né et va se développer dans lafamille, les groupes d'appartenance, les partis, la patrie.

Nous sommes dans une civilisation où se sont dégradées les anciennes solidarités, où la logique égocentrique s'est surdéveloppée et où la logique du "nous" collectif s'est "sous-développée". C'est pourquoi, outre l'éducation, une grande politique de solidarité devrait être développée, comportant le service civique de solidarité de la jeunesse, garçons et filles, et l'instauration de maisons de solidarité vouées à secourir les détresses et les solitudes.

Ainsi, nous pouvons voir qu'un des impératifs politiques est de tout faire pour développer conjointement ce qui apparaît comme antagoniste aux esprits binaires : l'autonomie individuelle et l'insertion communautaire.

Ainsi, nous pouvons voir déjà que la réforme de la connaissance et de la pensée est un préliminaire, nécessaire et non suffisant, à toute régénération et rénovation politiques, à toute nouvelle voie pour affronter les problèmes vitaux et mortels de notre époque.

Nous pouvons voir que nous pouvons commencer aujourd'hui une réforme de l'éducation par introduction de la connaissance des problèmes fondamentaux et vitaux que chacun doit affronter comme individu, citoyen, humain.

Edgar Morin, sociologue et philosophe

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2013 : un désir d'humanisme

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

images-copie-17.jpgAlors que le chiffre 2013 pourrait jouer sur la magie du nombre 13, les sites d'informations, les journaux et magazines, les conversations entre amis sont truffés de nouvelles catastrophiques durant les 12 mois à venir. Cette avalanche de "mauvaises nouvelles" qui écrasent les gens que nous sommes, ne peut que développer le désespoir, le découragement, la démotivation, le défaitisme, la désillusion, la démobilisation, le désenchantement, le désappointement, la détresse, la désespérance, la déception, la déreliction, les déconvenues, les déboires.

Un voeu à formuler. Ne pas se laisser attraper par le négatif tous azymuts. Il suffit de regarder le monde autrement : avec le regard de l'humanisme triomphant, tout peut s'inverser.

 

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L'insoutenable hypocrisie des éditeurs français en matière de téléchargement d'oeuvres littéraires du XXe siècle

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

En France, le monde numérique est, soudain, présenté comme le sauveur de notre vieux monde industriel, trop vieux pour être actif. Les usines ferment tant et plus eurieusement, une fois que ces usines ont toutes fermées ou presque voilà que les économistes les plus répuités s'alarment de la désindustrialisation de la France !

Je ne suis ni dans la finance ni dans l'économie mais à force de m'informer et tenter de comprendre, je me demande qui sont ces financiers et ces économistes qui nous gouvernent, à coup de mensonges.

L'économie numérique va nous sauver ! voilà ce que nous entendons dire. C'est possible !

Dans le monde des livres, qui comprend les secteurs de l'édition, de l'imprimerie et de la librairie, les mensonges se succèdent à grande vitesse, dans une indifférence générale, à commencer par tous les bloggeurs de livres ou ceux qui se consacrent à l'étude de nouveaux modes de lectures. Outre le fait que les éditeurs, responsables de maisons d'édition importantes, sont sur le point de partir en retraite donc complètement déconnectés quant à la question des nouveaux modes d'acquisitions des savoirs, l'édition française (et non pas francophone) prend un grand retard dans la diversification des solutions destinées à valoriser les publications dans le secteur du numérique. c'est un fait réel et les éditeurs en décembre 2012 avouent en être encore aux "balbutiements" !

Alors qu'en dehors de la France, nombre de pays occidentaux, à commencer par le Canada, offrent la possibilité de télécharger gratuitement des oeuvres littéraires françaises issues du patrimoine de nos auteurs du XXe siècle (je ne parle que des auteurs du XXe siècle, Gide, Malraux, Sartre, Cocteau, etc. ), nous lecteurs en France, nous sommes obligés d'acheter par exemple La Nausée de JP Sartre en format poche chez le libraire ou passer chez Amazon pour le commander en ligne (car en France, on est bien décidé à aider Amazon et surtout pas les vrais libraires qui vendent des livres). Effectuez vous-même la recherche et vous obtiendrez la même réponse. Sur la première page du moteur Google, vous verrez également des sites qui vous permettront de télécharger cette oeuvre, mais une fois sur la page,, vous recevrez un message suivant : 

"The requested URL /Sartre-La Nausee.pdf was not found on this server."

Si vous résidez à Londres ou à Montréal, vous n'aurez aucune difficulté à télécharger La Nausée de JP Sartre, numérisée à partir d'une version livre de poche de lchez Gallimard. 

Nous sommes nombreux à avoir des amis à Londres ou à Montréal qui peuvent nous adresser, selon nos demandes, ces versions téléchargeables gratuitement, via le courrier électronique.

Le numérique n'est pas une entité qui va remplacer nos cheminées d'usine. C'est un espace qui requiert une nouvelle façon de penser le monde et les relations dans le monde. 

Discrétement nous attendons les décrets d'applications de la nouvelle Loi sur les ouvrages indisponibles. Quelques éditeurs s'y préparent mais le plus grand nombre l'ignore. La plateforme www.artelittera.com se prépare...

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Amazon.fr perçoit des subventions pour ouvrir un entrepôt dans le nord de la France

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

Cette information provient du magazine ZDNet.fr. Nous nous en faisons le relais, compte tenu de son importance.

Amazon : les subventions accordées pour son nouveau site ulcèrent les acteurs français

Par Olivier Chicheportiche | Mercredi 28 Novembre 2012

La confirmation de l'ouverture d'un quatrième site de logistique pour Amazon en France est évidemment une bonne nouvelle pour l'emploi.Quel que soit l'endroit de retenu, les chiffres devraient être identiques : l'entrepôt sera implanté sur une surface de 100 000 mètres carrés, et pourrait permettre d'employer jusqu'à 1000 salariés de façon permanente et jusqu'à 2500 personnes en période de forte activité.Reste que cette implantation s'accompagnera de subventions publiques. Le géant américain a beau générer de très confortables revenus, il semble avoir conditionné cette ouverture à l'obtention de nouvelles aides. Le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, région où devrait s'installer Amazon, a confirmé le versement de ces aides et subventions (régionales mais aussi nationales)."Qui s'intéresse aux entreprises « normales » ?"

De quoi ulcérer un certain nombre d'acteurs qui ne manquent pas de rappeler qu'Amazon est soupçonné d'optimisation fiscale afin de réduire considérablement le montant de ses impôts pays en France. Jean-Philippe Fleury, fondateur et p-dg de Materiel.net, un e-commerçant indépendant spécialiste du high tech (110 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 200 salariés) assène :"Subventionner avec ses impôts son concurrent direct qui ne joue pas avec les mêmes règles du jeu : c'est beau comme concept ! Ne trouvez-vous pas ? Materiel.net c'est plusieurs dizaines de millions d'euros d'impôts (sans optimisation), taxes et investissements depuis 10 ans... Et 0 euro d'aide! Qui s'intéresse aux entreprises « normales »?". De son côté, interrogé par l'agence Sipa, Alexandre Bompard, le p-dg de la Fnac, lance : "En annexe de la décision de subvention, il serait fort éclairant de donner la liste des distributeurs disparus dans le monde, à cause des pratiques hégémoniques et du dumping fiscal et règlementaire habituels chez ces entreprises américaines d'e-commerce".

Il rappelle "le poids social des enseignes de magasins physiques, leur rôle d'acteur culturel au niveau national et dans l'animation des centres-villes".

 

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Paul et Nusch Eluard

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

Nusch couvPicassorecto web-copie-1Le grand amour de Paul Eluard se nomme Nusch.

Femme simple et fragile, qu'il croise à Paris sur boulevard, elle entre immédiatement dans sa vie, alors qu'il est déjà séparé de sa première épouse Gala. Nusch est attirante, séduisante, féminine, érotique. Elle incarne à elle seule la muse amoureuse du poète. Nusch entre pleinement dans l'imaginaire éluardien au point de l'investir, lui donner une nouvelle énergie et le hausser vers la magnificence. Les plus belles poésies amoureuses d'Eluard sont écrites pendant leur 17 années de vie conjugale. 

Nusch et Paul : un couple mythique du Surréalisme. Un couple affranchi des conventions bourgeoises. Un couple que tout oppose, mais qui marche main dans la main. Un regard de l'un sur l'autre qui invite à la réflexion : le couple fonctionne à merveille parce que l'un s'occupe de l'autre. L'un veille à l'autre. L'un fait attention à l'autre. L'expérience amoureuse et poétique se met ainsi au service du renouveau d'un art de vivre ensemble. Ce n'est une histoire idéalisée. Le couple traverse des souffrances à travers la maladie chronique de Paul Eluard, mais aussi pendant la guerre.

Nusch est effacée, discrète, humble, souriante. L'une des meilleures amies de Picasso.

Le programme du Bac L a inscrit en Littérature l'étude de l'oeuvre de Paul Eluard et Man Ray, intitulée Les Mains Libres. Cette oeuvre est inspirée par Nusch. Man Ray a très souvent photographié Nusch à partir des années 1930.

Sa biographie, Nusch, portrait d'une Muse du Surréalisme, (Auteur : Chantal Vieuille) avec des photos de Man Ray, de Dora Maar, de Lee Miller, de Roland Penrose, contribue à mieux cerner la problématique amoureuse de Paul Eluard.

www.artelittera.com

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L'édition de livres érotiques, à la Foire internationale du Livre à Francfort 2012

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

C'est souvent un détail qui signale un phénomène de grande ampleur.

Le détail, c'est celui-là : à la Foire du livre de Francfort, à deux reprises alors que j'étais en rendez-vous sur des stands d'éditeurs étrangers, mon interlocuteur tape sur le clavier de son ordinateur le mot "érotique" pour voir si la fonction "recherche" de mon site dédié au monde universitaire fonctionne. Par deux fois, le test est bon : le mot érotique n'existe pas dans la base de données du site. Chaque fois je me fais la même réflexion personnelle : " pourquoi choisit-il ce mot ?"

Pendant les 4 jours de la Foire du Livre à Francfort (10 au 14 octobre 2012), en fin de journée, les humeurs à la détente, les sourires sur les visages fatigués parce que les bonnes affaires marchent et voilà qu'inévitablement la conversation dévie sur l'événement éditorial 2011-2012, le succès du "Fifty Shade of Grey". Le nom de l'auteur importe peu. Ce qui importe ce sont les millions de copies vendues à travers le monde ; en croisant les agents littéraires, certains révèlent le nom de l'éditeur français qui a déposé sur la table les millions d'euro pour paiement des avaloirs... 

Le succès du "Fifty Shade of grey" est tel qu'on n'aborde pas le sujet du livre, l'érotique SM. Une éditrice me parle d'une prochaine parution érotique, dans une maison d'édition d'Italie, qui va connaître un succès équivalent à celui de "Fifty shade of Grey". De quoi s'agit-il ? Elle me précise que c'est un livre érotique sur la passion amoureuse. Soit.

Le jeudi 4 octobre 2012, dans les colonnes du quotidien suisse Le Temps, on apprend qu'un banquier privé suisse, adepte de pratiques sado maso, a assigné au tribunal, un couple d'albanais, qui s'était chargé de lui organiser 2 soirées SM à la suite desquelles le banquier s'était vu embarqué dans un chantage avec tentative d'extorsion d'argent.Les petits plaisirs lui ont coûté la modique somme de 60 000 francs suisses.

Ca nous rappelle une affaire plus commentée, celle du banquier Stern qui en est mort.

Le monde de l'argent et celui du sexe vont de pair. Pas de plaisir. Pas de désir. Juste des euros ou des francs suisses pour traduire un immense vide intérieur.

Pas de quoi passionner les lecteurs.

Juste de quoi exciter les éditeurs.

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3 points de l'édition numérique à la Foire Internationale du Livre à Francfort 2012

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

francfort.jpgLa presse européenne et occidentale se fait l'écho d'un trait caractéristique de la Foire du Livre de Francfort 2012 : l'économie numérique s'implante dans l'édition. C'est indéniable : la Foire a accueilli cette année de très nombreuses sociétés qui propose des tablettes, des lecteurs, des solutions diverses et variées de valorisation de contenus. On parle des formats e pub, HTML5 et PDF, chacun s'accordant sur le fait que le PDF est majeur dans le monde entier.

A regarder de près, comment traduire ce phénomène tel qu'il a pu être observé, en toute indépendance, pendant les 5 jours de la Foire du Livre à Francfort ?

 

1. Domination de la pensée anglo américaine sur le secteur du numérique, laissant penser que les pays européens, asiatiques ou africains seraient bien incapables de concevoir une solution idéale pour faire valoir le numérique dans le secteur du livre. La réalité est autre : les Européens en particulier proposent des solutions intellectuelles de qualité pour allier économie du livre et économie numérique. Il convient juste de leur donner la parole.

 

2. Domination du concept américain : ce qui est simple est beau. Alors, arguant du fait que le choix du numérique est à retenir parce qu'il est simple à utiliser, le discours anglo américain gomme toute référence aux contenus pour juste souligner le geste simple et facile des 3 clics pour télécharger sur son ordinateur ou son e reader.

 

3. Domination de la technologie donnant l'impression de gommer les contenus intellectuels. Les écrans publicitaires, les panneaux d'affichage, les slogans commerciaux sur les stands reproduisent les images des machines et là dans la plus grande foire du Livre au monde, on oublierait presque que les éditeurs ont pour fonction de publier des livres.

 

Ces remarques proviennent du spectacle.

Au delà du spectacle, il apparaît que les éditeurs occidentaux sont préoccupés par ces machines tandis que les asiatiques, très actifs sur leur stands, recherchent, presque désespérément, des contenus de livres occidentaux à publier dans leurs propres pays.

Il apparait que les commerciaux anglo américains des sociétés technologiques brouillent les discours dès lors qu'ils suppriment toue référence à la valorisation des contenus.

Il apparaît également que les éditeurs français et allemands ne savent pas comment préserver la circulation des livres via leurs réseaux de libraires tout en développant des solutions numériques pour valoriser leurs ouvrages. D'où encore et encore cette sorte d'attentisme considérée comme une valeur négative face au numérique.

Il apparaît que l'Italie sauve la mise et, totalement décomplexée face à la cohabitation entre les formats livres et les formats numériques, accueille avec enthousiasme et curiosité toute solution destinée à favoriser le principe de la lecture et celui de la visibilité des productions éditoriales.

Il apparaît nénamoins que les éditeurs, toutes origines confondues, de par leurs réflexions, permettent d'apprécier avec sagesse et raison les atouts de l'édition numérique. Une excellente conférence donnée vendredi 13 octobre par un consultant anglais du Cabinet Sage, a rappelé aux éditeurs (une quarantaine de personnes anglophones étaient présentes dans la salle de conférence) les régles d'or pour intégrer le numérique dans la production éditoriale. Il y a donc une grande force de réflexion de la part des maisons d'édition qui sans rejeter les capacités du numérique se donnent le droit et le temps d'en apprécier les usages.

Les machines ne réduiront pas l'avenir du livre. Les solutions numériques ne seront appréciées par les publics qu'à partir du moment où les plaisir de la lecture et les plaisirs d'apprendre des connaissances seront assurés.

 


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Les "pigeons" : premier événement de démocratie citoyenne

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

images-copie-14.jpgAu départ, il y a une disposition dans la loi de finances 2013 qui impose de taxer à 58,2% les gains d'un chef d'entreprise ayant vendu sa société. 

Immédiatement des chefs d'entreprises notamment ceux de l'économie numérique se sont mobilisés sous le label Les Pigeons. Ce mouvement de défense des entrepreneurs français a utilisé des outils comme facebook, Twitter, les blogs, les mails, le bouche à oreille pour propager en quelques jours l'informations selon laquelle il fallait réagir et lutter contre cette proposition de taxation. C'est ce qu'on appelle la technique du "buzz" médiatique. Plus de 7000 abonnés au compte twitter. Plus de 50 000 likes sur la page facebook. Parmi les personalités emblématique s de ce mouvement : carlos Diaz (c'est lui qui met la première information en ligne), Fabien Cohen, PDG de Whoozer, Nathanael Ramos, Yael Rozencwajg, Guillaume decujis, co-fondateur de Scoop it, JM POtdevin, Marc Simoncini (fondateur meetic), Pierre Chappaz, etc.

Immédiatement, un dialogue a démarré entre les responsables politiques au Ministère des finances et les représentants de ce mouvement inédit. Dans un article publié sur la page de PublicSénat.fr, on peut lire : " Dans une tribune consacrée aux « mobilisations à l’heure du numérique » Niclolas Vanbremersh, consultant en communication, spécialisé dans les nouvelles technologies, décrypte le phénomène. Le mouvement des pigeons est d’après lui « une nouveauté » parce qu’il n’est pas mené par « [des] jeunes déclassés, [des] sans-papiers, mais des « entrepreneurs (…) ralliés à un mot d’ordre : on serait en train de tuer leur esprit (…) leur raison d’être (…). Cet épisode est nouveau et intéressant. L’inversion de posture du patron en victime, le procédé anonyme et massif de grogne, le réseau d’expression spontané contre la négociation en coulisses. Tout cela est inhabituel dans les rangs des patrons, même petits, même numériques. Il révèle des ressorts communs à de nombreuses formes de mobilisation numériques ».

Résultat de cette opération sans précédent : selon l’AFP des amendements au projet de budget 2013 pourraient, « si nécessaire », être déposés au sujet de l'imposition des plus-values de cessions d'entreprises. Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l’Innovation, annonce que le gouvernement pourrait « moduler un peu » le taux à partir duquel les détenteurs de titres qui réinvestissent leur plus-value dans une autre entreprise bénéficient d’un abattement. Et Pierre Moscovici, ministre de l’économie annonce la mise en place d’une exonération totale pour les dirigeants qui réinvestissent l’intégralité de leur plus-value lors de la vente des parts de leur entreprise - dans l'état actuel du projet de loi de finances, il faut réinvestir 80% de sa plus-value dans une nouvelle entreprise pour être exonéré, sous conditions.

Le dialogue citoyen a pris forme et pourrait désormais, si les citoyens s'organisent pour cela, s'établir au sein de la démocratie française et européenne. Les chefs d'entreprises ont ainsi montré que les idées peuvent s'exprimer, être entendues et prises en considération par l'autorité politique.

Le mouvement des Pigeons sans doute fera date.

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Artelittera à La Foire Internationale du livre de Francfort (10-14 octobre 2012)

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

Logo-Artelittera--web.jpgArtelittera sera présent à la Foire internationale du Livre à Francfort : Hall 4.2. stand J445, parmi les éditeurs universitaires internationaux.

Notre présence à la Foire constitue une bonne progression de notre implantation dans le paysage international de l'édition numérique. Les rendez-vous qui nous attendent pendant les 4 jours de la Foire répondent à une demande précise et une volonté de la part des éditeurs de diversifier les solutions permettant de valoriser leurs catalogues d'ouvrages.

Nous observons la domination du marché anglo-saxon, indien et chinois pour ce qui concerne la gamme des solutions technologiques pour éditer un livre et le diffuser sur le web.

Nous observons également la qualité excellente du dialogue entre éditeurs, agrégateurs et distributeurs, à un niveau européen.

Dans le même temps, l'édition en France maintient toujours de bons chiffres de ventes de livres alors que les ventes des versions numériques sont d'un montant très réduit. Cet état de fait, que certains journalistes présentent comme un phénomène de régression par rapport aux Etats Unis (qui est loin d'être un pays de haute culture), est signe au contraire que les lecteurs français sont nombreux à fréquenter les librairies. Il y a donc encore en France une culture du livre qui n'a rien à voir avec la marchandisation de la culture. Avec le numérique, ne nous trompons pas de combats : ne cédons pas au pouvoir des "bidouilleurs" de machines à lire. Il faut intégrer les offres de livres numériques comme des solutions complémentaires.  Ne cédons pas à la pression de quelques blogueurs technologiques qui produisent des textes dans le seul but de faire vendre des machines et surtout pas encourager de nouveaux lecteurs à lire.

En revanche, restons attentifs aux observations des blogueurs-prospecteurs qui nous présentent l'avenir et nous forcent à réfléchir à demain. Que sera demain ? Sans doute il y aura encore des livres. Il y aura encore de la littérature. Mais il y aura aussi et surtout, des échanges de savoirs, à tous les niveaux. C'est là que se situent les aspects positifs des nouveaux outils de lecture : faire partager les connaissances et les enseignements ; assurer la transmission des cultures en diffusant le plus largement possible les écrits d'aujourd'hui et d'hier. Encire une fois, ne nous trompons pas de combat : avec l'édition numérique, c'est une fonction de valorisation de l'écrit qui se produit, pour le plus grand plaisir des lecteurs.


Ci-dessous, quelques blogs à recommander :

Le blog de Lorenzo Soccavo Chercheur indépendant en Prospective du Livre et de l'Edition: http://ple-consulting.blogspot.fr/

Le blog de Marc Jahjah, doctorant à l'EHESS sous la direction de Christian Jacob   : http://www.sobookonline.fr/

Francis Pisani, le meilleur de nos observateurs : http://atelier.rfi.fr/profiles/blog/list?tag=pisani

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Louis Wolfson, écrivain américain écrivant en français

Publié le par Chantal Vieuille, éditrice

index-copie-3.jpgAuteur : Louis Wolfson

Titre : Ma mère, musicienne est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan

Editeur : Editions Attila, 2012 (publié en 1984 par les éditions Navarin)

 

En 1977, meurt, des suites d'un tumeur ovarienne, la mère de Louis Wolfson, qui a publié un premier livre en 1977 chez Gallimard, Le Schizo et les langues.

Après le décès de sa mère, Louis Wolson s'installe à Montréal où il poursuit sa pratique obsédante des paris hippiques. Il entreprend l'écriture de la chroinique de la maladie de sa mère à partir d'un carnet de notes qu'elle avait elle-même rédigée à propos de l'évolution de sa maladie, de ses rendez-vous en chimiothérapie, etc.

Ce livre est sidérant.

La schizophrénie du narrateur construit un monde curieux, avec des obssessions, des rythmes, des déplacements dans la ville, des réflexions. Il y a le récit de la maladie qui identifie le personnage de Rose, la mère de Louis Wolfson, et, avec la maladie, des lieux comme l'hôpital, la maison de convalescence et l'appartement familial. Puis il y a un autre récit mis en scène par la pratique des paris sur les champs de courses  que Louis Wolfson réalise tous les jours sur l'hippodrome de New York.

De l'obsédante pratique des paris sur les chevaux à la maladie de Rose, sans rémission, toujours galopante, il y a un monde où la coupure entre le narrateur et le monde structure une vie quotidienne dépourvue de parole, d'échange, d'affect, de désirs. La maladie de Rose est examinée par le narrateur "à la loupe", via des ouvrages médicaux qu'il lit. Il sait tout de la maladie de sa mère, vocabulaire médical, nom des médicaments et label des laboratoires pharmaceutiques. Il est question de maladie mais pas de souffrance. D'ailleurs à aucun moment Rose en semble souffrir. C'est comme si la maladie était une autre Rose. Dédoublement.

Chez Wolfson, il n'y a aucun désir. Il n'y a pas d'autre femme que Rose. Il n'y a pas de sexe. Il y a des trajets, toujours les mêmes, des déplacements dans la ville pour se rendre soit à l'hôpital soit à l'hippodrome, avant d'aller dans sa chambre se coucher. Il n'y a pas de voyage, pas d'errance, pas de vagabondage. Tout déplacement est justifié par la réalité de l'action à faire : aller rendre visite à sa mère ou aller faire des paris. C'est le narrateur qui se présente ainsi. Le tout écrit dans une langue française singulière. Le langage trouve sa personnalité dans la singularité du propos. Des mots obssessionnels, comme "le couple" dès lors qu'il y a deux personnes, deux choses, etc... L'étude de cette expression dans la langue de Wolfson mériterait presqu'un livre à elle toute seule !

Ce livre est époustouflant.

L'obssession est prenante. Parfois ça s'essouffle. Le lecteur s'ennuie sans doute à suivre le narrateur dans ses pérégrinations sur l'hippodrome. Mais il y a une force attractive, un je ne sais quoi qui résonne fortement au point que l'on s'intérroge : Serait-ce là dans ce territoire sans équivalent, à l'écart des modes et des conventions que pourrait se produire un fait littéraire du XXIe siècle ?

La maquette de l'ouvrage est très élégante, une réussite à saluer (j'adore les éditions Attila). Le texte est enrichi par des photographies en noir et blanc, des documents personnels de l'auteur-narrateur attestant sans doute du jeu entre les récits.

Une fois la lecture achevée, on a besoin de rire pour s'alléger du poids de la complexité dans laquelle le narrateur entraîne le lecteur.

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